En préparant cette homélie, je me suis demandé ce que pouvait bien avoir à nous dire la fête de l’Assomption au milieu de tout ce qui fait notre actualité.
Ces dernières semaines, nous avons encore entendu parler des guerres et des tensions au Moyen-Orient, en Ukraine, mais aussi de conflits qui passent sous le radar des médias, comme au Soudan ou en RDC. Nous avons vu les images de la canicule, des feux de forêts, de la sécheresse et de catastrophes naturelles. Et, heureusement, l’actualité nous a aussi offert des moments plus légers : des événements sportifs, une éclipse de soleil notamment. Comment relire tout ce qui fait notre vie à la lumière de la foi ?
L’Évangile de la Visitation nous donne une première réponse. Marie vient d’apprendre qu’elle va devenir la mère du Sauveur. Elle aurait pu rester chez elle, émerveillée ou inquiète devant ce qui lui arrive. Mais elle apprend qu’Élisabeth, contre toute attente, est elle aussi enceinte. Alors Marie se met en route. Elle va vers elle. Et cette rencontre toute simple devient un événement extraordinaire. Jean-Baptiste tressaille dans le sein de sa mère, Élisabeth est remplie de l’Esprit Saint et Marie fait monter vers Dieu son chant : le Magnificat.
Marie ne change pas le monde à elle seule. Elle fait simplement ce qu’elle peut : elle va vers quelqu’un, elle apporte sa présence, son aide, sa joie. C’est peut-être aussi ce que nous pouvons faire devant les événements qui nous dépassent. Que pouvons-nous faire devant une guerre, une catastrophe, une injustice ? Nous ne pouvons évidemment pas tout changer. Mais nous pouvons nous mettre en route. Nous pouvons rejoindre quelqu’un, écouter, aider, visiter, soutenir, partager.
Et surtout, Marie nous apprend à regarder notre monde autrement.
Le Magnificat n’est pas un chant naïf. Marie sait que le monde est traversé par l’injustice. Elle parle des puissants et des humbles, des affamés et des riches. Elle ne ferme pas les yeux sur le mal.
Mais elle ose proclamer que le mal n’aura pas le dernier mot : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés. »
Pourquoi peut-elle chanter ainsi ? Parce qu’elle fait confiance à la promesse de Dieu. Elle ne voit pas encore tout ce qu’elle annonce, mais elle croit que Dieu est fidèle.
Et c’est là que nous rejoignons la fête de l’Assomption.
L’Assomption nous dit que Marie, au terme de sa vie terrestre, a été élevée auprès de Dieu, corps et âme. La mort n’a pas eu le dernier mot sur elle. En Marie, nous voyons déjà réalisée la promesse qui nous est faite à tous : celle de la résurrection et de la vie auprès de Dieu. Voilà pourquoi l’Assomption est une fête d’espérance. Cette espérance ne nous demande pas de fermer les yeux sur le monde. Au contraire. Parce que nous croyons que la mort n’aura pas le dernier mot, nous pouvons regarder le mal en face sans désespérer.
Et nous pouvons aussi apprendre à voir les signes de vie qui existent au milieu de tout cela. Il y a les guerres, mais il y a ceux qui risquent leur vie pour en sauver d’autres. Il y a les catastrophes, mais il y a ceux qui se mobilisent pour aider les victimes. Il y a la solitude, mais il y a ceux qui rendent visite à une personne isolée. Il y a la pauvreté, mais il y a ceux qui donnent, accueillent et partagent.
Ces gestes ne font pas disparaître le mal. Mais ils sont des signes : des signes que le bien, la fraternité, la compassion et l’espérance sont toujours à l’œuvre.
Marie nous apprend précisément cela : voir les signes de Dieu, se mettre en route et faire confiance.
Elle se met en route vers Élisabeth. Elle chante le Magnificat avant même de voir pleinement se réaliser la promesse de Dieu. Et aujourd’hui, dans son Assomption, elle nous montre où conduit notre propre chemin : la vie auprès de Dieu.
Alors, lorsque l’actualité nous accable, lorsque nous avons l’impression que le mal est plus fort que le bien, souvenons-nous de Marie. Ne restons pas spectateurs. Mettons-nous en route vers ceux qui ont besoin de nous. Sachons reconnaître les signes de vie qui sont déjà là. Et surtout, gardons confiance. Car le Magnificat est aussi le chant de l’Église : le chant de ceux qui croient que Dieu est à l’œuvre dans notre monde, même lorsque nous ne le voyons pas encore clairement.
L’Assomption nous rappelle que le dernier mot ne sera pas celui de la guerre, de la souffrance ou de la mort.
Le dernier mot sera celui de Dieu.
Le dernier mot sera celui de la vie.
Frère Dominique Joly