Homélie du mercredi 24 décembre – Année A, du frère Dominique Joly

Ecoutez bien mon histoire. Je m’appelle Kéfa. Je suis un âne. Oh, je sais que les humains considèrent les animaux comme des êtres incapables de comprendre quoi que ce soit sous prétexte qu’ils ne sont pas dotés de la parole. Mais ils se trompent car nous, les ânes, nous sommes très attentifs et très observateurs.

J’habite à Nazareth. Mon maître s’appelle Joseph. Comme il travaille dans le bâtiment, il me fait souvent transporter des poutres ou des sacs de pierres très lourdes. Le travail est dur, mais je suis bien traité.

L’histoire que je m’apprête à vous raconter a commencé il y a quelques semaines. Joseph est un homme d’âge mûr. Il s’est fiancé avec une jeune femme très belle nommée Marie. Celle-ci a quitté le village pendant plusieurs semaines : elle s’est rendue dans les montagnes des alentours de Jérusalem pour aller visiter et aider sa cousine âgée, Elisabeth qui, grâce à la bonté de Dieu, était enceinte. Après la naissance du bébé, elle est revenue chez nous. A ce moment-là, Joseph a complètement changé d’attitude. Lui qui est toujours d’humeur égale s’est assombri. Je l’ai vu inquiet, et même en colère. J’ai entendu la conversation qu’il a eue avec son ami Yoram. « Ne répète à personne ce que je vais te dire : quand Marie est rentrée de chez sa cousine, j’ai découvert qu’elle attendait elle-même un enfant. Comment pourrait-elle être enceinte alors que nous n’avons pas encore vécu ensemble ? Je suis sûr qu’il y a un autre homme que moi dans sa vie. Qu’en penses-tu ? Je ne peux plus me marier avec elle. Je me propose d’annuler secrètement nos fiançailles. Je ne veux pas le scandale. Pour elle et sa famille, je ne veux pas le déshonneur. Elle est jeune. Il ne faut pas que sa vie soit gâchée. »

Puis, j’ai surpris une chose extraordinaire, un être semblable à un ange est venu voir Joseph : son visage était comme lumineux, et ses vêtement éblouissants. Il a dit : «  Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. ».

Je dois ajouter qu’un autre événement compliquait la situation : Joseph avait reçu l’ordre de se rendre dans la cité de son ancêtre le roi David, pour le recensement ordonné par l’empereur de Rome. Nous partîmes donc tous les trois : Joseph, Marie et moi… je portais les bagages et de temps en temps Marie, lorsqu’elle était trop fatiguée. 10 jours de marche à travers les collines au pays des samaritains qui nous sont hostile et, de façon permanente, la peur des bandits qui s’attaquent aux gens pour les dépouiller. Nous voyagions en groupe assez nombreux pour nous pouvoir nous défendre si nécessaire.

Nous sommes finalement arrivés à Bethléem. Aux gens de passage, comme nous, on indiquait une grotte très vaste pour passer la nuit. Les gens s’installaient au fond, et nous, les bêtes, restions vers l’entrée. Je fis connaissance avec un bœuf qui revenait des champs où il avait travaillé toute la journée.

Pendant la nuit, Marie vint auprès de nous : la naissance de son bébé était imminente ; elle préférait la discrétion. Elle ne pouvait pas rester avec tous les gens dans la salle commune. Mais une sage-femme du pays vint la rejoindre. La naissance se passa bien. L’enfant poussa son premier cri. Il était en bonne santé. La sage-femme le lava, l’habilla de langes, et le coucha sur la paille de notre mangeoire. Ensuite arrivèrent des bergers avec leur troupeau. Ils avaient été avertis par des anges de la naissance du fils de Dieu.

Quel honneur pour nous ! Nous avions assisté à la naissance de Jésus. En cette nuit, j’avais l’impression que le ciel et la terre se rejoignaient. Voilà que notre Créateur, lui, le Tout-Puissant, se faisait l’un de nous. Notre grotte n’avait rien d’enviable : la simplicité, la pauvreté même. Ce bébé si fragile, sans défense portait en lui l’espérance de tout le peuple depuis de nombreuses générations : tous attendaient la réalisation des promesses de Dieu. Et voilà : ce petit, au milieu de la nuit, il est comme une grande lumière qui se met à briller; c’est un jour de joie.

C’est tout l’univers qui se réjouit : pas seulement tous les humains, tous les peuples, mais nous aussi, les animaux, et les arbres, les montagnes, les rivières, les déserts, les mers, et le ciel. Le Créateur ne peut retirer son amour, même dans ce monde où les guerres font rage, où beaucoup de gens souffrent de l’injustice et de l’égoïsme de leurs semblables, des catastrophes de toutes sortes, des épreuves quotidiennes. Cet anniversaire nous invite à l’humilité et à changer notre regard sur les autres, à les aimer comme Dieu nous aime.

Frère Dominique Joly

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