Homélie du jeudi 25 décembre, Nativité de notre Seigneur – Année A, du frère François Comparat

Le début de l’évangile de Jean que nous venons d’entendre semble un peu compliqué parce qu’à la différence des trois autres évangiles, Jean ne voit pas en Jésus celui qui succède à l’Ancien Testament, mais comme celui qui en surgit de l’intérieur. Il découvre en Jésus cette Parole de Dieu qui crée le monde, qui suscite la première Alliance puis qui vient dans l’histoire pour dévoiler pleinement le Père. Il fait le lien entre la création (« Au commencement était le Verbe ») et l’incarnation (« le Verbe s’est fait chair»). Jean reconnaît dans la personne de Jésus de Nazareth cette Parole qui parcourt toute l’ancienne alliance.

Alors, pour signifier cela, il va employer le mot grec « Logos » que l’on traduit généralement par « Verbe » avec un V majuscule. Jésus est donc ce Verbe qui vivait déjà au sein du Père mais qui va retentir en dehors de lui sous forme de Parole. Jésus est la fécondité de Dieu dans l’histoire et non pas un autre Dieu, ce que le credo exprimera plus tard en disant « il est engendré, non pas créé, consubstantiel au Père ».

Ce prologue de Jean se présente comme le raccourci de l’histoire des manifestations de Dieu que l’on peut regrouper en trois étapes : La création, l’élection du peuple avec la signature de l’alliance puis l’incarnation le jour de Noël. C’est toute une épopée qui se déroule devant nos yeux.

  1. Jean nous dit Au commencement était le Verbe, […] Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde […] En disant que le monde a été créé par le Verbe, Jean affirme que le monde n’est pas né du chaos, mais d’une Parole, ce qui signifie que notre existence n’est pas absurde, elle est pensée, voulue portée par la patience et l’amour de Dieu. Les hommes auraient pu reconnaître et glorifier l’artisan du monde, mais ils sont restés sourds au message de la création. Cette première manifestation n’apporte pas tous les résultats escomptés, elle est un échec ! Je suppose que Dieu doit en être affligé mais comme la mesure de Dieu c’est justement d’aimer sans mesure, la grâce ne s’éteint pas.
  2. Alors Dieu ne perd pas patience et il se choisit un peuple en se dévoilant à Abraham puis à Moïse. Le Verbe se fait entendre à nouveau et c’est toute l’épopée mouvementée de la première alliance. «  Il est venu chez les siens ». Mais pour la seconde fois, malgré les prophètes, certains restent aveugles ou sourds.« Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. »
  3. Alors, sans doute déçu mais ne désespérant jamais de l’homme, Dieu pour la troisième fois ne reprend pas son amour et se manifeste lui-même, charnellement, visiblement, pour que les hommes enfin ouvrent leurs yeux. Il se dévoile, il se donne. « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père ».Le «Verbe » devient visible et nous raconte avec des mots humains ce désir incessant qu’avait Dieu de faire participer l’homme à sa vie. Le Verbe devenu Jésus puis Christ est donc la vraie lumière et la vraie vie des hommes, une lumière qui éclaire correctement la route de leur vie.

Le jour de Noël ouvre le temps de la plénitude :

Jésus n’apporte pas seulement un plus aux manifestations précédentes de Dieu, puisqu’il est lui-même le dévoilement de Dieu. Tout ce qui a été annoncé reçoit en lui son achèvement. En lui nous avons tout ce que Dieu a voulu dire aux hommes, tant sur lui-même que sur eux-mêmes. Jésus est l’exégète de Dieu et l’exégète de l’homme, par lui je peux comprendre Dieu et comprendre ce qu’être pleinement homme veut dire. Il est tout à la fois le chemin et le but voilà pourquoi on l’appellera : le médiateur et la plénitude.

Alors pour nous aujourd’hui, grâce à ce dévoilement du Verbe le jour de Noël, si nous mettons nos pas dans les pas du Jésus, nous entrons déjà dans le royaume de Dieu car le Salut n’est pas pour la fin de la vie, il commence dès aujourd’hui, ce que le credo affirmera plus tard en s’appuyant sur le prologue de St Jean. « Pour nous les hommes et pour notre Salut, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme. » Le Salut c’est pour maintenant !

Pour conclure je dirai que ce prologue de saint Jean est une joie pour chacun de nous : Dieu ne reste pas à distance : il entre dans notre chair, dans notre fragilité, dans notre histoire concrète. Ce qui permet de comprendre que ce que nous vivons n’est plus inconnu de Dieu. Nous ne sommes pas des êtres livrés à eux-mêmes mais des filles et des fils, appelés à une relation intime avec Dieu. Noël donne du sens à notre vie. Amen !

Frère François Comparat

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