JEUDI SAINT
Frères et sœur êtes-vous saisis comme moi par l’émotion et saisissez-vous l’importance de l’évènement que nous célébrons ce soir ? Importance bien traduite par le style de l’introduction du texte de l’Evangile selon St Jean que nous venons d’entendre (Jn 13, 1-15 voir ci-dessous).
En ce soir de la Cène du Seigneur se rejoignent le passé, le présent et l’avenir dans l’éternel présent de l’amour de Dieu.
Le passé : un homme juif, Jeshua de Nazareth et ses disciples célèbrent la Pâques, ce mémorial où le peuple d’Israël se souvient que son Dieu l’a libéré de l’esclavage et en a fait un peuple libre pour la louange.
Le présent : Jésus est talonné par ses adversaires, il sait que le procès, la condamnation, les souffrances et la mort sont proches. Le filet de la jalousie, de la haine, se referme sur lui… Alors Jésus dans cette dernière Paques célébrée avec ses disciples va laisser son testament, son mémorial…
Malgré l’angoisse de la mort il est un homme libre, en communion avec Dieu son Père il va aller jusqu’au bout de sa mission qui est de libérer son peuple. Il va le faire avant qu’on lui prenne sa vie, par deux gestes simples et pourtant révolutionnaires qu’il va laisser comme une feuille de route, comme une boussole, comme un sacrement, un signe vivant pour l’avenir: « Faites comme je viens de faire, faites ceci en mémoire de moi. »
Un tablier à la ceinture, un genou en terre, un peu d’eau, c’est l’attitude du serviteur, de l’esclave qui lave les pieds de son maître à son retour à la maison. O scandale ! Le maître, le Seigneur, l’envoyé de Dieu à genou devant les hommes : Dieu est à vos pieds, voyez comme est grand son amour, voyez comme vous êtes importants pour lui, voyez comme est grande votre dignité. N’ayez pas peur de vous laisser laver les pieds par Dieu, n’ayez pas peur de vous laver les pieds les uns aux autres, car Dieu habite en chacun de vous, en chaque être humain : si vous prétendez être mes disciples, si vous prétendez aimer Dieu, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé, c’est là votre grandeur c’est là votre salut, la vérité de votre vie.
Bien plus cette vie que l’on veut me prendre et que l’on va me prendre de manière horrible et injuste, je vous la donne. On veut m’enfermer dans la mort, me réduire à néant, mais l’amour de mon Père, cet amour qui m’habite, qui est tout mon être, toute ma nourriture est plus fort que le mal qui est en l’homme et que la mort. Ce corps qui va être brisé, ce sang qui va être répandu, je vous les donne comme un pain pour la vie, comme un vin pour la vie qui ne finit pas : « Ceci est mon corps, prenez et mangez, ceci est mon sang, prenez et buvez, faites ceci en mémoire de moi… »
Toute ma vie est rassemblée là dans ces deux signes, dans ces deux sacrements qui n’en font qu’un : le sacrement de l’amour fraternel, le sacrement de la vie donnée. Tous mes gestes, toutes mes paroles sont rassemblés là dans ces simples choses. Je vous les laisse comme un cadeau, plus comme une nourriture quotidienne, accueillez-les, partagez-les entre vous. Elles sont le signe vivant de la présence de Dieu parmi vous, en vous. Dieu n’a rien de plus précieux à vous donner, car il n’est qu’amour, amour immense et fragile à la fois.
N’allez pas vous imaginer que je sois présent dans des choses extraordinaires, luxueuses, tonitruantes.. .Je suis là au cœur de cet homme Jésus de Nazareth, il est mon Fils bien aimé, il se donne à vous, je me donne à vous à travers lui, je ne peux rien vous donner de plus grand et de plus beau. Cet homme il est déjà présent par mon Esprit en chaque être humain aujourd’hui et à venir, mais il est à accueillir dans l’espérance car chacun doit naître et grandir à son humanité. Chacun doit recevoir la vie comme un cadeau du Père et la partager avec ses frères.
Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu nous sommes faits pour le don, notre dignité est d’apprendre à accueillir et à partager. Comme le disait St François à ses frères à propos de l’eucharistie: « Ne gardez pour vous rien de vous afin que vous reçoive tout entier celui qui se donne à vous tout entier ».
Frère José Kohler
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 13, 1-15) :
Avant la fête de la Pâque,
sachant que l’heure était venue pour lui
de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,
les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas,
alors que le diable
a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote,
l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains,
qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
se lève de table, dépose son vêtement,
et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre,
qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit :
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;
plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit :
« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit :
« Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre
lui dit :
« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit :
« Quand on vient de prendre un bain,
on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :
on est pur tout entier.
Vous-mêmes,
vous êtes purs,
mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ;
et c’est pourquoi il disait :
« Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds,
il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit :
« Comprenez-vous
ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”,
et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds,
vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j’ai fait pour vous. »