« La brise légère »
Dans les trois textes de ce dimanche nous trouvons une certaine cohérence. D’abord le passage de l’orage à la brise légère. Ensuite de la grande tristesse de Paul à la bénédiction. Et enfin dans l’Evangile le passage de la peur, des cris à la confiance.
Elie qui vient de massacrer tous les prophètes de Baal, ce n’est d’ailleurs pas ce qu’il a fait de mieux ! Est poursuivi par la haine implacable de la reine Jézabel. Elie est découragé et s’écrie au Seigneur : « Reprends ma vie je ne suis pas meilleur que mes pères » Elie se coucha et s’endormit. Mais l’ange le secoua et lui dit : « Mange car la route sera longue pour toi » Elie se fortifia et marcha jusqu’à la montagne de Dieu. Là, Elie fit une expérience spirituelle importante. Dépouillé de l’image d’un Dieu tout- puissant, mais dépouillé aussi de son illusoire de toute puissance, il rencontre un Dieu plein de douceur, un Dieu caché.
Alors que l’ouragan, le tremblement de terre, les éclairs accompagnaient souvent les théophanies. Ici rien de tout cela, Dieu n’était pas présent dans ces tremblements, mais il se laisse découvrir dans le murmure d’une brise légère. Qu’on le sache désormais, Dieu ne se révélera plus dans la violence et la destruction mais dans une intimité qui doit guérir le doute des prophètes. Lévinas traduira « une voix de fin silence » Et cela rejoint nos vies. Dieu nous rejoint dans le fin silence, dans le profond de notre cœur et non dans le tumulte du monde. Si nous voulons entendre « le murmure d’une brise légère » il nous faut alors retrouver des endroits de silence et d’intimité.
La deuxième lecture nous parle de la tristesse de Saint Paul. Il dira : « J’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante dans mon cœur » Paul a mal pour ses frères de race. Il donnerait tout pour qu’ils reconnaissent Jésus comme le Christ, même perdre son propre salut pour les sauver. Mais il y a à la fin cette petite phrase, qui sonne comme le murmure d’une brise légère, « Dieu béni éternellement » Quand au milieu de nos souffrances nous pouvons laisser l’Eternel continuer de nous bénir et nous rejoindre là où on est, alors elles deviennent plus légères.
Mais revenons à l’Evangile. Il y a dans ce texte un contraste significatif. D’un côté Jésus, ayant renvoyé les foules, se retire dans la montagne pour prier. Il avait besoin de retrouver le murmure de la brise légère dans les bras de son Père. Et de l’autre c’est tout le contraire de la brise légère : une barque battue par les vagues. Les disciples sont laissés à eux-mêmes pour lutter contre le vent contraire. Jésus serait-il désormais indifférent aux angoisses des siens qui sont dans la barque battue par les vagues ? Va-t-il rester sur sa montagne ?
Non, Jésus vient, mais pas à n’importe quel moment : « à la fin de la nuit ». Il est donc resté toute la nuit en prière. Jésus vient, comme il viendra après sa résurrection auprès des disciples enfermés et apeurés (Luc 24 36) Mais ici il marche sur la mer. Et les disciples également apeurés le prennent pour un fantôme, autrement pour une illusion. Combien de fois dans notre vie ne nous est-il pas arrivé de nous demander, un jour ou l’autre, si Jésus n’était pas une illusion, une légende ? Mais l’acte de foi c’st bien de passer du doute à la « reconnaissance » de celui qui vient à notre rencontre y compris dans nos propres tempêtes.
Comme les disciples nous avons à recevoir la parole : « Confiance ! c’est moi n’ayez plus peur » Et Jésus nous dira comme à Pierre : « Viens ! »Mais très vite, chez Pierre, la peur l’emporte sur la confiance. Il lui faut alors la douce main de Jésus, comme la brise légère, pour le rassurer.
Prends ma main, ne lâche pas, car sans toi, je suis perdu, souviens toi !
Frère Max de Wasseige