JESUS RENCONTRE UNE FEMME DE SAMARIE
Cette page de l’Evangile de Jean fait partie des «rencontres-discours» de Jésus qui nous révèlent progressivement à la fois la quête des hommes envers Jésus et la révélation du mystère de sa personne. Entrent en scène successivement: le Juif Nicodème, la Samaritaine hérétique et le païen fonctionnaire royal.
Ici la scène se passe autour du puits lieu privilégié pour les rencontres autour de l’eau essentielle pour la vie personnelle et sociale. On vient puiser l’eau pour les besoins de la famille, on y vient aussi pour désaltérer le bétail. C’est souvent au puits que se font les rencontres en vue d’un mariage ou d’accord entre les familles.
Jésus fatigué au bord du puits, fatigué et assoiffé comme le peuple au désert qui désespère de Dieu et se révolte contre lui. Pourquoi Dieu les a-t-il embarqués dans cette aventure suicidaire. « Donne-moi à boire ! » Jésus ne se situe pas au-dessus de cette femme, il exprime simplement son besoin, il a vraiment besoin d’elle, car il n’a rien pour puiser l’eau, lui fera-t-elle remarquer ironiquement un peu plus tard!
D’où l’étonnement de la femme: «Toi un Juif tu me demandes à boire à moi une Samaritaine» et Jean d’expliquer pour ses lecteurs et pour nous aujourd’hui « en effet les juifs ne fréquentent pas les Samaritains »…C’est une longue histoire : en 721 la Samarie capitale du Royaume du Nord a été envahi par les Assyriens, ils ont déporté une bonne partie de la population et il ne resta plus dans le pays que les paysans pauvres et les païens s’installèrent dans la région et on vénéra très vite les idoles des païens en même temps que le Dieu d’Israël. Ce qui fait que les Samaritains étaient considérés par les Juifs de Jérusalem comme des hérétiques dangereux pour la pureté du judaïsme officiel.
C’est dans ce contexte plombé par cette hostilité ancestrale que va s’engager le dialogue de Jésus avec la Samaritaine. Dialogue qui selon la pédagogie de saint Jean va nous emmener bien au-delà de la situation du moment. Et Jésus d’emblée provoque son interlocutrice ou plutôt lui pose la bonne question « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dis donne-moi à boire, c’est toi qui lui aurait demandé l’eau vive. » Et la femme vivement essaie de reprendre l’avantage : « Seigneur tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond D’où tiens-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre Père Jacob ? » Jacob qui selon la tradition aurait fait jaillir l’eau pour faire boire les bêtes.
«D’où as-tu donc cette eau? » la bonne question qui nous fait comprendre que cette femme a déjà l’intuition de quelque chose concernant Jésus. Cette question qui va courir tout au long de l’Evangile de Jean : Mais qui est donc Jésus, d’où vient-il ? D’où lui viennent ses paroles de sagesse, d’où lui viennent ses signes de vie ? D’où lui vient cette eau vive jaillissante et désaltérante. Cette eau si indispensable à la vie quotidienne de chacun qu’on en rêve pour la vie éternelle… c’est à dire la vie avec Dieu… Peu à peu au cours du dialogue la personne de Jésus se révèle, il sera d’abord reconnu comme Juif, plus grand que Jacob, prophète, Messie-Christ et enfin le Sauveur du monde.
Et Jésus perçoit bien déjà le désir profond de cette femme: « Cet eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissante pour la vie éternelle ». Dieu lui-même veut jaillir en nous comme une source vive, quand notre désir rencontre celui de Dieu alors l’eau jaillit pour une vie nouvelle.
Et la femme abandonne ses ruses et son jeu de cache-cache et laisse jaillir du fond d’elle-même cette prière ardente: « Seigneur donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » La prière de tous les pauvres de la terre !
Et cette femme étrangère aux Juifs, cette femme à la foi bigarrée qui a eu cinq maris (sans doute les cinq divinités païennes qui étaient vénérées sur la montagne de Samarie) va devenir l’annonciatrice de Jésus comme Messie qui vient désaltérer les hommes accablés par la soif et égarés par les idoles du monde.
Bénis sois-tu Jésus qui par ton écoute, ton amour, a permis que jaillisse du cœur de cette femme le désir de l’eau vive qui désaltère pour la vie éternelle
Et nous quel est notre désir profond que cachent souvent nos désirs terrestres? Avons-nous vraiment le désir de découvrir la Source qui jaillit du cœur de Jésus, le désir de nous laisser désaltérer par son amour pour devenir à notre tour des sources de vie pour nos frères et sœurs?
Frère José Kohler