ÊTRE SEL ET LUMIERE
Dimanche dernier nous avons écouté les Béatitudes et ce que parfois nous ignorons, c’est que les béatitudes se terminent par le texte d’aujourd’hui sur le sel et la lumière. L’évangile de ce jour est la conclusion des béatitudes : quand nous sommes pauvres de cœur, si nous privilégions la justice et la paix, alors nous propageons un certain goût de Dieu et une certaine image de Dieu (le sel et la lumière).
C’est ce que nous dévoile aussi a première lecture d’aujourd’hui, celle du prophète Isaïe quand il dit à chacun que s’il fait le bien autour de lui « alors, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi ».
Être la lumière du monde c’est bien gentil mais cela frise l’utopie ? Eh bien, maintenant, j’aimerai vous convaincre que ce n’est pas de l’utopie et que c’est réalisable : On perçoit bien, à travers ces trois textes (les Béatitudes, Isaïe de ce jour et l’évangile d’aujourd’hui) que ce n’est pas notre gloire qui est en jeu mais celle de Dieu.
Certes, le Règne de Dieu est rendu présent par la venue de Jésus mais il reste toujours à recevoir et c’est là notre mission que d’annoncer ce Royaume en acceptant d’être, saveur et image du Christ, chacun à sa manière, selon ses possibilités, sachant qu’il est aimé. Je crois que Jésus nous appelle parce qu’il a besoin de nous !
Oui Dieu a besoin de nous ! Dieu n’a pas besoin de nous pour être plus Dieu mais il besoin de nous pour que son amour soit plus visible. La dernière phrase de l’évangile de ce jour montre qu’il s’agit bien d’annoncer le Royaume de Dieu et que nous en sommes capables : « voyant ce que vous faites de bien, [les hommes] rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ». Le sort de Dieu nous est confié dans la mesure où, porteurs de Dieu dans ce monde, c’est de notre attitude que dépendra la connaissance et l’image de Dieu que les hommes se feront de lui. Comme le disaient des Pères de l’Eglise, nous sommes les mains et les bras de Dieu » (Ignace, Irénée, Augustin).
Face à ses disciples d’hier comme à ceux d’aujourd’hui, Jésus rappelle leur dignité et leur responsabilité tout en leur disant qu’il sera toujours avec eux.
Étonnante persistance de Dieu à appeler, comme si c’était sa raison d’être. Oui, nous sommes appelés à préserver l’homme d’aujourd’hui de l’absurdité de sa condition. à l’empêcher de s’affadir.
On frémit devant une telle vocation et une telle responsabilité. Rarement comme aujourd’hui nous sont rappelés et nos titres de noblesse et leurs exigences ! Car il y a des exigences : si le sel se dénature, s’il s’affadit, si nous ne sommes plus différents des autres, si nous faisons comme tout le monde, chrétiens incolores, inodores et sans saveur, nous avons perdu une partie de notre raison d’être. Mais il ne faut pas perdre le moral et penser que c’est impossible : car croire en Jésus, c’est croire que si Dieu nous indique des exigences morales (le fameux Décalogue) il nous fournit en même temps les moyens de les affronter, et ce depuis l’incarnation et la résurrection de son Fils, reconnu comme Sauveur. Jésus continue de nous aider par médiation de l’Eglise qui nous offre la force de la prière, de la charité et des sacrements. C’est grâce à l’Esprit-Saint envoyé par le Père et le Fils que nous pouvons faire tout cela car notre confiance ne repose pas sur nous mais sur la puissance de Dieu.
Donc, Prenons conscience de notre responsabilité, sans pessimisme.
Prenons conscience de notre dignité, sans triomphalisme.
Ayons de l’ambition sans être ambitieux et osons pratiquer l’excellence sans tomber dans l’élitisme.
Alors nous dit Jésus, les hommes « voyant ce que vous faites de bien, rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Amen
Frère François Comparat