Quand on parle de la Sainte Trinité, on pense souvent à un mystère lointain, élevé, difficile à comprendre. Pourtant, elle peut accompagner chacune de nos journées et devenir un art de vivre concret, joyeux pour chacun d’entre nous. Pour en faire l’expérience, je vous propose un petit exercice simple, que vous pouvez mettre en œuvre dès ce soir, chez vous.
Une journée normale se rythme par trois grands moments : le matin, le milieu du jour, le soir. Eh bien, chacun de ces moments peut être habité, enrichi, transformé par une des trois Personnes de la Trinité : Le matin avec le Christ, le midi avec l’Esprit-Saint, le soir avec le Père. Trois moments, trois Personnes, une journée habitée par Dieu. La Trinité ne sera plus jamais une idée abstraite mais une manière agréable, profonde et libératrice de passer nos journées.
Chaque journée commence par le réveil, puis le départ vers le travail professionnel, l’école, les tâches domestiques, les rencontres, les projets. Il est donc important de se lever « du bon pied», de vivre le petit-déjeuner familial dans l’harmonie, et d’aborder la journée avec plus d’espoir que de crainte.
Adressons-nous alors à Jésus cet homme qui ne craignait aucun lieu et ne redoutait personne. Il parcourait la Judée et la Samarie, la Galilée et la Décapole. Il fréquentait les synagogues et les maisons particulières, les places publiques ainsi que le désert. Il parlait avec joie aux enfants et aux femmes, il n’avait pas peur des marginaux et il avait admiré un centurion romain ainsi qu’une samaritaine.
Aucun lieu ne lui faisait peur, il ne craignait aucune personne et c’est précisément cela dont nous avons besoin : relativiser nos réticences, apaiser nos appréhensions, surmonter nos craintes.
Demandons-lui, simplement, chaque matin, de nous aider : « aide-moi, s’il te plaît, à ne craindre aucun lieu, à ne rejeter personne, à aller de l’avant avec courage et espérance».
Dans tous nos démarrages, c’est avec Jésus devenu Christ que nous pouvons commencer. La première personne de la Trinité devient un bon compagnon de route, comme autrefois à Emmaüs.
Que faire au milieu du jour ?
La moitié de la journée est passée : plutôt bien, ou moins bien, voire plutôt mal et il reste autant à vivre. C’est le moment de l’incertitude, du discernement : faut-il continuer sur sa lancée ou rectifier le tir ? garder le moral ou le retrouver ?
C’est tout l’enjeu du mi-parcours.
Adressons-nous alors à l’Esprit Saint. Invoquons cet Esprit de courage et de force, qui nous aidera à durer jusqu’au soir, lui qui redresse ce qui est courbé et qui vivifie ce qui est anémié.
L’Esprit que Dieu dépose en nous est comme une pluie qui féconde la terre : il pénètre notre « terre intérieure » il la régénère. Il nous permet aussi de mieux discerner et de faire porter notre effort là où c’est nécessaire.
C’est le moment de profiter des dons de l’Esprit que l’on trouve déjà chez le prophète Isaïe (chapitre 11,2) la sagesse et le discernement, le conseil et la force etc. et si on ne trouve pas en Isaïe un don qui nous aiderait à mieux vivre l’après-midi, allons chercher les fruits de l’Esprit que saint Paul décrit dans sa lettre aux Galates (5,22-23) : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi.
Demandons-lui de nous accorder celui dont on a besoin. Toutes ces richesses sont à notre portée, gratuitement, faut-il encore les demander. Demandons-lui de nous aider au « mi-temps » de notre journée en nous donnant assez d’humour, de patience, de bonté, de maîtrise de soi, pour ne plus craindre l’après-midi.
Au milieu de tous nos « gués », de toutes nos traversées, nous pouvons prier l’Esprit Saint de nous aider. Cette seconde personne de la Trinité nous apporte ce dont on a besoin pour réussir notre après-midi.
Comment vivre le soir ?
Le soir, c’est le retour à la maison. Le travail est terminé, bien, moins bien, ou plutôt mal… peu importe, le moment important n’est plus celui de l’engagement ou du réaménagement, mais celui du dépôt de ce qui a été vécu. Voici l’heure du Père.
Nous pouvons nous confier à Lui et lui abandonner tous nos soucis. C’est un peu comme l’histoire du fils prodigue : il se rend compte que son père l’attendait, pour l’accueillir tel qu’il est, le réconforter, et s’en réjouir.
Dieu est Dieu, il nous aime depuis toujours, il n’a jamais repris son amour, il ne va pas le reprendre ce soir.
Alors, demandons-lui de nous aider à relativiser nos soucis pour que notre fatigue légitime ne rejaillisse pas sur les autres au cours du repas familial, que nos paroles avec notre conjoint, nos enfants, nos hôtes de passage soient tamisées par la patience que Dieu le Père nous accorde, que la soirée ne soit pas abîmée par les soucis qui encombrent notre tête, et, plus loin que la soirée, que rien de négatif n’envahisse notre nuit.
Accrochons-nous à ce Père qui aime, qui est patient.
Et puis, si la journée s’est bien passée – et nous espérons qu’il en sera toujours ainsi – réjouissons-nous avec Lui, rendons grâce, faisons la fête, sachons lui dire merci.
Dans la Bible, la joie est un mot souvent accolé au Père et les images du paradis, de la maison du Père, sont toujours des images de fête. Cette troisième personne de la Trinité, le Père, n’est pas là pour nous culpabiliser, mais pour nous accueillir, nous réjouir et nous aimer.
Voilà, à travers ce petit exercice pratique, un moyen simple de valoriser chaque grand moment de la journée. Le Christ éclaire notre matin, l’Esprit Saint soutient notre après-midi, le Père accueille notre soirée. Ils sont là pour nous aider, profitons-en… alors, la Trinité ne sera plus jamais une idée abstraite mais une manière concrète, agréable et libératrice de passer nos journées. Perdons cette habitude de mettre la Trinité au loin, découvrons là au cœur de nos journées.
LA TRINITÉ EST UN ART DE VIVRE !!! Amen. Alléluia.
Frère François Comparat