Nous achevons aujourd’hui le discours de mission de Jésus adressé à ses apôtres qu’il vient de choisir.
Mais au premier abord, qu’il est dur à entendre ce passage d’évangile pour des parents, des enfants. Celui qui aime son Père et sa mère, son fils et sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suis pas n’est pas digne de moi ! Mais qu’arrive-t-il à Jésus, lui qui a défendu le quatrième commandement : « Tu honoreras ton père et ta mère » et « qui nous invite à aimer jusqu’à nos ennemis »
D’abord il faut savoir que l’évangile a coutume d’employer deux verbes philem l’amour humain et agapan pour parler de l’amour divin alors que notre langue ne fait pas cette distinction! Jésus tient à nous faire comprendre que aussi sincère, aussi pure et aussi sanctifiée que soit une famille, l’amour qu’ont reçu chacun de ses membres reste un amour fragile basé sur un sentiment fluctuant, dépendant de la personne qui l’inspire, des membres de la famille ou des amis. On aime sa famille parce qu’on la construit, on aime ses amis parce que l’on trouve chez eux des intérêts partagés. Mais entre l’amour que nous portons à nos parents et enfants et l’amour que Jésus veut nous voir porter en priorité à lui et à Dieu, il y a une faille abyssale! Aimer nos proches, c’est le plus possible les faire exister comme êtres humains aimés. Mais les liens familiaux, certes légitimes peuvent devenir des obstacles sur le chemin de ceux qui veulent suivre Jésus. Aimer le Christ, Dieu, c’est accueillir de lui l’existence, c’est reconnaître en Lui la source de tout ce qui se fait de bien en nous, y compris l’amour de nos proches. Et mettre Dieu à la première place dans toutes nos relations humaines c’est éviter que ces relations tournent à l’idolâtrie.
Christian Bobin dit : « Si Dieu n’est pas dans nos histoires d’amour, alors nos histoires ternissent, s’effritent et s’effondrent ».
Nous aimons Jésus Christ parce qu’il est venu, dans sa vie terrestre, nous dire que son amour est indéfectible, sa fidélité plus stable que les cieux dit le psaume, jusqu’à mourir pour nous sur une croix ! « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suis pas n’est pas digne de moi. » Ce n’est pas que Jésus nous appelle à souffrir pour le plaisir de nous voir souffrir. Il nous appelle au contraire à vivre et à vivre plus, à vivre davantage : « Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance ! »
Prendre notre croix et le suivre, c’est travailler sur soi et se laisser travailler intérieurement pour devenir, dans le Christ et par lui des vivants qui portent la vie, des vivants qui apprennent à ne pas être source de mort pour les autres ni pour eux-mêmes. Prendre sa croix c’est s’atteler à réaliser la promesse de Dieu : que nous puissions, hommes et femmes de cette terre nous entrainer réciproquement à nous convertir, à changer de vie en puisant dans les ressources intérieures du Christ, pour vivre dans la foi, l’espérance et la charité. Il nous faut travailler sur nous-mêmes pour que nous apportions dans les rencontres que nous faisons, non pas simplement nous-mêmes avec notre caractère, notre tempérament, nos passions mais à travers tout cela, par-delà tout cela, que nous apportions la présence mystérieuse du Christ. Il nous faut entendre la parole de Jésus comme un appel à une conversion pour aller plus loin dans la capacité à aimer qui nous est donnée par Dieu dès les premiers instants de notre Vie. Voilà notre croix à porter.
Et en cela, la dame avec Elisée est un modèle: Une dame qui voit souvent passer Elisée, en qui elle voit un saint homme de Dieu, décide de construire avec son mari une chambre où pourra se reposer le prophète.
En récompense Elisée ayant appris qu’elle n’avait pas pu avoir d’enfant ose lui promettre qu’elle aura un enfant l’année suivante. Voilà où peut mener l’accueil. Être accueillant c’est la forme souriante de l’amour .c’est le don le plus fréquent qu’on puisse toujours faire. Le chrétien est celui ou celle qui a une chambre en plus dans son cœur, son temps et sa vie, une chambre par où Jésus peut entrer à tout moment sous l‘apparence d’un de ces touts petits qu’il affectionne.
Qui saura la joie du Christ lorsqu’il voit les plus petits de ses disciples accueillis comme lui-même?
Gérard Barthe, diacre