Notre famille est-elle parfaite : amour manifesté de façon permanente, pas de heurts, de tensions ? Non, certainement. Mais heureusement, de nombreuses familles vivent des moments de paix, d’entente, de bonheur.
Nous célébrons aujourd’hui la fête de la Sainte Famille. C’est celle de Marie, Joseph et Jésus. Les évangiles ne nous donnent pas beaucoup de renseignements sur la vie à Nazareth. Cette famille a une destinée tout à fait particulière : Marie est la mère de Jésus, le Christ, le Fils de Dieu. Joseph a en quelque sorte adopté Jésus qui vient de l’Esprit Saint. Mais la tradition chrétienne a retenu combien cette famille est un modèle pour toutes les familles. Pourquoi : surtout parce que, dans la Bible, le couple qui vit un amour vrai et fidèle est l’image de l’alliance entre Dieu et les hommes.
Les textes d’aujourd’hui, la première lecture, le psaume, et la deuxième lecture soulignent plusieurs points : D’abord le respect dû des membres de la famille les uns à l’égard des autres : enfants, père, mère.. Ce respect est un pilier sur lequel notre méditation peut s’appuyer. Ensuite le bonheur auquel nous sommes destinés: « Heureux es-tu ! À toi, le bonheur ! », dit le psaume. Puis, un travail honnête . L’amour trouve sa source dans le Christ qui nous invite à l’humilité, au pardon et à la paix. La 2ème lecture évoque la soumission de la femme à l’égard de son mari : notons bien que soumission ne veut pas dire servitude, mais ce mot exprime plutôt un respect plein d’attention.
Il est vrai que ces textes sont marqués par la conception de la famille à l’époque où ils ont été écrits. Sans doute qu’on en parlerait différemment aujourd’hui. Il n’en reste pas moins qu’ils expriment un idéal sur lequel nous pouvons nous appuyer de nos jours.
L’Evangile nous parle de la fuite de la Sainte Famille en Egypte pour échapper à la cruauté d’Hérode qui a demander le massacre des bébés garçons innocents en qui il voit une menace pour son pouvoir dans l’avenir. Nous connaissons bien cette histoire. Nous l’entendons avec l’arrière fond dont nous entendons parler quotidiennement : les migrants qui risquent leur vie pour essayer de trouver une vie meilleure, ou les réfugiés qui fuient leur pays, craignant pour leur existence. La Sainte Famille n’a pas eu une vie facile.
Tout cela nous amène à parler de nos familles. On l’entend, il y a des échecs, des divorces, des familles recomposées, des drames, des deuils. Cela ne risque-t-il pas de nous faire penser que l’idéal de la famille, tel que l’Ecriture nous le décrit, est difficile, voire impossible à atteindre ? Non, car l’idéal est un objectif et n’est pas une réalisation à atteindre quoi qu’il en coûte ! Il faut bien prendre en compte notre humanité qui rime souvent avec souffrance et incompréhension.
Jésus a été confronté à toutes ces souffrances des hommes, des femmes et des enfants de son temps. Peut-être devons-nous nous redire quelle a été son attitude.
– Jésus commence toujours par regarder la personne avec bienveillance. Il ne juge ni ne condamne les gens. Que l’on pense à la samaritaine dont la vie conjugale était bien compliquée, ou à la femme adultère, ou encore à Zachée, le pécheur.
On peut rappeler simplement : Jésus rencontre ces êtres comme des personnes. Jamais il ne réduit une personne à son histoire ou à ses échecs. Il voit d’abord un cœur, une soif, un désir, une dignité.
Il ne nie pas la réalité pour autant : il la dit avec des mots justes. Il ne cherche pas à minimiser la gravité des situations, des échecs dans la recherche de l’amour.
Nous sentons bien, dans les situations dont nous sommes aujourd’hui témoins que les difficultés viennent souvent de blessures anciennes, d’une culpabilité paralysante, de l’usure du temps, de la fragilité de la foi. Les ruptures ne sont pas choisies mais se font souvent dans la détresse. Et Dieu comprend cette fragilité.
Il est bon de nous rappeler l’idéal, mais en le comprenant comme une lumière qui permet d’avancer et de voir que, quand la vie est parfois brisée, Dieu continue à être présent. Il accompagne des personnes réelles, pas des familles idéales. Il nous aime, non malgré notre histoire, mais dans notre histoire.
Nous sommes l’Eglise. Chacun de nous est invité à la miséricorde pour l’autre, comme le Christ pour nous. Mais c’est le début d’un chemin marqué par l’espérance. Chacun doit se sentir chez lui dans cette Eglise : dans la prière, la communauté, l’éducation chrétienne des enfants, les services dans l’Eglise. Il n’y a pas de chrétiens de seconde zone.
N’oublions pas que nous pouvons trouver des personnes, prêtre ou autres pour une écoute, un accompagnement, un discernement. Chacun doit pouvoir parcourir son chemin devant Dieu à son rythme. Là où l’homme voit une histoire compliquée, Dieu voit encore une histoire à sauver. Rien de ce que vous avez vécu ne peut empêcher Dieu de vous aimer aujourd’hui.
Frère Dominique Joly