Le dire et le faire
Nous avons deux Paraboles du Père et des Fils. Celle de Luc que nous connaissons bien : Le Père attend que ses fils répondent à son amour. Le cadet refuse et s’en va, avant de revenir pour être accueilli dans la fête. L’ainé jalousant son frère lors du banquet de retour. Dans la Parabole de Matthieu le premier fils refuse d’aller travailler à la vigne. Mais, retournement de situation, il se repend et répond à la demande du Père. Le second, dans un premier temps accepte, mais il revient sur sa parole et refuse d’aller travailler à la vigne.
Ces deux Paraboles s’adressent d’abord aux Juifs qui s’abritent derrière leur privilège de peuple aîné et se contentent de crier : « Seigneur, Seigneur » sans se convertir. Dans l’Evangile de Matthieu Jésus est entré triomphalement dans Jérusalem, acclamé par la foule. Puis il est entré dans le Temple, a chassé les vendeurs et y a guéri des aveugles et des boiteux. Grands prêtres et anciens sont indignés par ce qu’ils voient et entendent, et ils demandent des comptes à Jésus : « Par quelle autorité tu fais tout cela ? »
Ici, dans la Parabole les deux fils prennent des positions qu’ils ne tiennent pas : les deux changent d’avis. Le premier pour des raisons que l’on ignore ne veut pas travailler à la vigne. Il a le courage de dire non et de le dire en face. Mais ayant réfléchi, il se rend à la vigne et se met au travail. Le second répond à la demande du père, pourtant il ne s’engage pas. L’un fait semblant, l’autre agit. Jésus demandera aux Juifs : « Lequel des deux a fait la volonté du père ? »Ils répondront évidemment : « le premier ».
Les personnages visés sont « les princes des prêtres et les anciens », les guides de la nation. Ils se considèrent comme des croyants, des pratiquants, des hommes de Dieu. Ils disent « Oui Seigneur » Mais quand Jean-Baptiste ou Jésus les appellent à changer leur cœur et leur vie, ils se raidissent dans leur croyance et leurs pratiques. Eux qui parlent toujours de Dieu resteront loin de la vigne.
Alors Jésus va leur dire une parole forte et provocatrice dont il a le secret : « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu ». Ces deux groupes représentent tout ce qu’un juif pieux a en horreur : la prostituée est l’image de l’immoralité ; le publicain, collecteur d’impôt, s’enrichit sur le dos de ses coreligionnaires et reste constamment impur car il est en contact avec les païens. Ces deux classes de personnes étaient vraiment de celles qu’un bon pratiquant ne pouvait fréquenter.
Les publicains et les prostituées ne sont donc pas des piliers du Temple et leur réputation est déplorable. Ils ne « pratiquent » pas, mais en réalité, beaucoup, parmi eux, accueillent la nouveauté de Jean-Baptiste et de Jésus. Ces mécréants, à distance d’une religion rigide, sont prêts à prendre un chemin neuf. L’histoire est en noir et blanc, sans nuances. Elle ne trie pas les hommes : ce sont des attitudes qu’elles désignent. Elle nous provoque à nous demander de quel côté nous sommes ? Du côté de la nouveauté ou de la rigidité et de l’habitude ?
La parabole des deux fils nous exhorte à faire de nos paroles, des paroles qui sont vraies, autrement dit : qui se traduisent en actes. « Ils disent et ne font pas » disait Jésus. Pour réussit en politique il faut être un beau parleur ! Mais où sont les actes ? Toute notre vie nous aurons à chercher la symbiose entre le dire et le faire. Entre nos paroles et nos vies.
Pardonne-nous nos vaines paroles quand il fallait agir !
Frère Max de Wasseige