« Pour vous, qui suis-je ? »
La question: « Pour vous, qui suis-je ? » est éternelle et infinie. Elle est démesure parce qu’elle touche la divinité, alors que moi je suis limité par ma vie, mon corps, ma pensée. Que répondre ? « Sinon, Je ne sais pas ». Car en faite, qu’est-ce que je sais de Lui quand je ne me connais même pas moi-même. Même si je suis témoin de jour et de nuit de mes pensées les plus intimes, je reste mystère à moi-même. Cette question reste à la croisée de deux mystères : Le Dieu que je ne connais pas vraiment et qui est ineffable. Et l’homme que je connais si peu.
Dieu, je peux le chercher (cela devrait être la passion de ma vie) mais pas le définir. Je peux l’appeler mais pas le nommer. Quand Jacob, qui lutte avec Dieu, lui demande son nom, pour toute réponse il reçoit une bénédiction. Mais cette question infinie me met au large, elle ouvre à la liberté d’une éternelle recherche, à l’immensité de l’invisible. Elle me fait dépasser les mesquineries et les blessures du quotidien, sans m’enlever du combat pour plus d’amour, de justice, de vérité. Car la vraie quête de Dieu renforce mon désir d’un monde plus juste.
Mais peut-on dépasser le silence face à la question : « Pour vous, qui suis-je ?» ? Bien sûr que ma quête ne passe pas seulement par des mots qui sont de fragiles passerelles. La réponse de Pierre est bien plus charnelle qu’abstraite. Elle est plus dans l’intonation de la voix et le regard émerveillé que dans des mots. Pierre à commencé à le suivre avec ses pieds, puis ses mains ont partagé le pain et voilà que maintenant ses lèvres et son cœur le reconnaissent.
A la question «Pour vous qui suis-je ?» je ne peux que répondre que comme l’aveugle guéri par le Christ : « Je ne sais qui est cet homme, mais je sais qu’Il m’a guéri » C’est tout le contraire d’une réponse intellectuelle, c’est une réponse charnelle. Il s’est passé quelque chose d’important. Les yeux ont été touchés. Nous ne pouvons rencontrer le Christ authentiquement que dans une expérience libératrice de nous-mêmes.
Dans le même sens, Pierre porté dans sa réponse à dire des choses qui le dépasse est traversé par une autre parole que la sienne. Ce n’est pas la chair et le sang qui le font parler c’est-à-dire, l’homme laissé à ses propres lumières, mais Pierre ébloui par une autre lumière que la sienne. Avec elle, il pourra alors, lutter contre le mortifère, recevoir les clés pour lier et délier et bâtir l’Eglise qui lui est confiée.
Laissez-moi terminer par Saint Augustin qui a répondu à la question du Christ avec quelle sincérité et avec quel génie ! Dans ses Confessions nous trouvons un des plus beaux textes de la littérature spirituelle où il raconte sa conversion. Avec seulement quelques lignes, il va nous la rendre sensible à travers es mots les plus simples, les plus limpides, les plus universels. Augustin nous mène vers la meilleure intelligence de la divinité de Jésus-Christ. Ecoutons-le :
« Tard je t’ai aimée ! Beauté si ancienne et toujours nouvelle !
Tard je t’ai aimée ! Tu étais au-dedans de moi, mais moi j’étais dehors !…
Tu m’as appelé, tu as crié, tu as vaincu ma surdité,…tu as dissipé mon aveuglement !
Tu as répandu ton parfum, et je l’ai respiré ! Je soupire maintenant vers Toi !…
Tu m’as touché, tu m’as séduit ! Je me suis enflammé vers la paix qui est en Toi »
Frère Max de Wasseige