« Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins. » dit Dieu dans Isaïe ! Et Jésus, par sa parole, par son enseignement, vient contester notre manière de voir.
Aujourd’hui nous en avons un exemple avec notre évangile! Mais si nous appliquions le discours de Jésus dans le domaine de la vie sociale ou dans le monde du travail, cela ferait naître une belle pagaille. Les syndicats toutes tendances confondues crieraient à l’injustice et les ouvriers se mettraient en grève !! Mais c’est oublier que Jésus nous dit bien dès l’ouverture qu’il s’agit d’une parabole qui veut nous parler du Royaume des Cieux .Il nous faut donc lire la parabole non pas comme un projet de justice sociale mais comme un texte qui nous révèle la manière de faire de Dieu lui-même.
Tout d’abord, il y a ce personnage du Maître du domaine qui embauche des ouvriers pour sa vigne et qui ne ménage pas sa peine pour en trouver : il sort au petit jour, puis à neuf heure, à midi, à quinze heure et même à dix-sept heure, juste avant la nuit, dans ces pays-là. Cela signifie que ce Maître du domaine ne cesse jamais de chercher des ouvriers pour les envoyer à sa vigne. En sachant que la vigne désigne le Peuple de Dieu, cela nous indique que Dieu ne cesse d’appeler les hommes et femmes qu’il a créés pour les faire participer à sa vie qui est Vie éternelle. Mais avec les embauchés, le Maître emploie trois manières de vivre la relation avec eux: avec les premiers embauchés, il y a un contrat : on se met d’accord sur un salaire d’une pièce d’argent pour la journée. Pour ceux qui sont envoyés à neuf heures, à midi, à quinze heures, le Maître dit seulement « je vous donnerai ce qui est juste » Les embauchés sont invités à faire confiance à celui qui les embauche. Pour ceux qui arrivent à dix-sept heures, il n’est même plus question de leur donner ce qui est juste. Le Maître dit simplement : « Allez-vous aussi à ma vigne ». Les embauchés que personne n’avaient appelés sur la place sont tellement reconnaissants envers le maître, que d’avoir seulement un travail les réjouit. Et nous : « Quelle relations avons-nous avec Dieu ? Sommes-nous de ceux qui exigeons de passer des contrats avec lui, donnant, donnant ; est ce que je m’intéresse plus à ce que Dieu donne qu’à sa personne? Ou est-ce que, au moins de temps en temps je donne de moi-même gratuitement, faisant toute confiance à Dieu ?
Le soir venu le Maître du Domaine dit à son intendant, de distribuer les salaires en commençant par les derniers, qui reçoivent chacun une pièce d’argent et il termine par les premiers qui reçoivent cette même pièce d’argent. C’est là que les premiers venus à la vigne se mettent à récriminer contre le Maître. C’est la même récrimination qui ne cesse d’habiter le peuple d’Israël au temps de l’Exode: C’est la récrimination, dans la Parabole de l’enfant prodigue, du Fils aîné qui se sent lésé vis à vis de son frère ; c’est nous parfois qui récriminons contre Dieu quand nous nous comparons aux autres et que nous constatons que telle personne, non pratiquante, semble plus favorisée que nous qui venons à la messe tous les dimanches. Mais la protestation des ouvriers de la première heure ne vient pas de ce qu’ils ont été traités comme ceux qui n’ont pas fait grand-chose mais que ces sans-mérite, ces non-ayant-droits sont haussés à leur niveau. Ils réclament en quelque sorte une hiérarchie, ils se veulent en haut de l’échelle; or l’injustice de Dieu consiste à sortir du régime de la justice pour passer au régime de l’amour, de la gratuité. Dieu n’est pas injuste par défaut de justice mais par excès d’amour.
Ainsi, Jésus ne nous donne pas une leçon de justice sociale ; mais à travers cette parabole il nous révèle le comportement d’un Dieu bon, d’un Dieu qui aime tous les hommes, qui trouve sa joie à vouloir être le Sauveur de tous, afin de nous introduire dans sa vigne, dans son peuple ; Jésus nous révèle un Dieu qui invite à toutes les heures de la journée et à tous les âges de notre vie, sans se lasser; un Dieu, dont la bonté n’est pas limitée par nos mérites ou nos non-mérites. Que nous ayons travaillé beaucoup ou peu, Dieu donne ; il donne librement, il donne gratuitement. Comment ne pas penser à celui que nous appelons « le bon larron ? Ce bandit a été l’ouvrier de la dernière minute. Il a hérité lui aussi du Royaume de Dieu. C’est une formidable nouvelle pour nous tous pécheurs ! La grande passion de Dieu, c’est de donner son amour à tous, y compris ceux de la dernière heure et de la dernière minute .Il ne donne pas quelque chose, il se donne, il se communique à nous. Cette pièce d’argent donnée à tous, c’est le don de l’Esprit Saint que reçoivent ceux qui croient en Jésus, qu’ils soient croyants depuis cinquante ans ou depuis trois jours Il n’y a pas un grand Esprit et un petit Esprit, un petit don ou un grand don, il y a le don tout entier de l’Esprit Saint. Ce don que nous avons reçu au Baptême, à la confirmation ; ce don qui nous est renouvelé lors de chaque Eucharistie. L’Esprit Saint nous est donné pour que nous devenions le peuple de Dieu, le Corps du Christ, pour que nous témoignons tous dans ce monde de la bonne nouvelle de l’Evangile.
Nous t’en prions Seigneur, sois notre guide dans cette aventure de la foi.
Gérard Barthe, diacre