Quand notre condition d’enfants de Dieu se révélera, nous lui serons semblables, nous dit la première lettre de Jean. Jésus nous montre le chemin avec les Béatitudes. Nous sommes tous promis à la sainteté et au bonheur.
Je vous propose de méditer aujourd’hui l’Évangile des Béatitudes en le lisant sous un angle peut-être inhabituel : celui des promesses faites à ceux que Jésus déclare heureux.
Il y a d’abord les pauvres de cœur. Le Royaume des cieux est à eux. Ces pauvres sont bien sûr tous les démunis, tous les exclus de notre société. Mais la précision : pauvres « de cœur » est importante. Il peut aussi s’agir de riches qui ont l’esprit de pauvreté, parce qu’ils ne se cramponnent pas à leurs richesses et savent les partager. À l’inverse, la pauvreté matérielle ne conduit pas automatiquement à la pauvreté de cœur. Pourquoi le Royaume est-il promis aux pauvres de cœur ? Parce qu’ils sont humbles, accueillants à la Parole de Dieu et qu’ils mettent leur confiance en lui plutôt qu’en leurs richesses ou en leurs propres forces.
Ceux qui pleurent sont ceux qui souffrent, par exemple à l’occasion d’un deuil, d’une maladie ou d’une épreuve. Leur récompense est d’être consolés. Cette promesse nous rappelle que Dieu n’est jamais indifférent à nos souffrances.
Les doux, quant à eux, recevront la terre en héritage. Quand on pense à la douceur, viennent immédiatement à l’esprit ceux qui refusent la violence, ne rendent pas le mal pour le mal et ne cherchent pas à s’imposer par la force. Ils rejettent les valeurs d’un monde qui donne trop souvent raison aux plus forts et aux puissants. Le bien que nous faisons construit le Royaume, non par la force, mais par la maîtrise de soi et la paix intérieure.
Arrêtons-nous sur ceux qui ont faim et soif de la justice. Ce sont des femmes et des hommes courageux, qui ne se résignent pas devant les injustices. Il y a parmi eux des chrétiens, mais aussi des non-chrétiens qui croient profondément en l’homme et en sa dignité. Ils seront rassasiés, nous dit Jésus. Car Dieu ne peut rester indifférent à cette faim de justice, même si tous leurs combats n’aboutissent pas ici-bas.
Les miséricordieux, quant à eux, obtiendront miséricorde. Ce sont ceux qui savent se laisser toucher au cœur par la souffrance et les épreuves que vivent les autres. Ils savent regarder au-delà des fautes et des comportements répréhensibles. Ils font preuve de compassion, refusent la rancune et la vengeance. Ils ne confondent pas la personne avec ses fautes.
Nous sommes peut-être surpris d’entendre : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » Les cœurs purs sont ceux qui sont totalement tournés vers Dieu. Ils n’ont plus d’obstacles pour accueillir son amour, sa bonté et son pardon. Ils remettent leur vie entre les mains de Dieu, jusqu’à leurs limites et leurs fautes. Rien ne les empêche de rencontrer le Seigneur. Ils verront Dieu parce que, de jour en jour, ils lui ressemblent davantage et puisent leur vie dans la sienne.
Les artisans de paix, nous dit encore Jésus, seront appelés fils et filles de Dieu. Ce sont ceux qui ne se contentent pas de souhaiter la paix, mais qui travaillent concrètement à la construire. Leur engagement peut parfois leur coûter très cher, jusqu’à leur vie, car ils dérangent ceux qui trouvent leur intérêt dans la guerre et les divisions. Ils seront appelés fils et filles de Dieu parce qu’ils rejoignent le désir le plus profond du Christ : réconcilier les hommes et leur révéler le visage du Père.
Frère Dominique Joly