On entend à la radio, à la TV l’expression : « c’est une figure iconique ». Il s’agit souvent, la plupart du temps, d’une star de la chanson ou du cinéma, d’un sportif, d’un homme politique. Cette expression à la mode est curieuse : d’abord, une figure, c’est une représentation de quelqu’un ; une icône, c’est la même chose, sauf qu’il s’agit du Christ, d’un ange, ou d’un saint. Alors, « figure iconique », cela fait plutôt pléonasme… Appliquer le terme « icône » à d’autres personnes, c’est d’ailleurs vraiment au sens figuré… En tout cas, cela fait appel à une conception du sacré qui n’est pas chrétienne.
Les icônes sont chez les orthodoxes, très importantes et source de vénération de la part des fidèles. On dit « écrire » une icône, et non pas la « peindre ». Cela se fait sur un panneau de bois. Les riches icônes sont réalisées sur un fond d’or. Les personnages sont comme figés dans leur éternité bienheureuse, mais non sans expression. Ces œuvres sont réalisées dans une démarche spirituelle : celui qui écrit une icône prie, jeûne. Elles doivent vraiment être inspirées par l’Esprit Saint. Dans les églises, l’iconostase délimite le chœur où officient les prêtres et les diacres particulièrement pendant la prière eucharistique, de la nef où sont réunis les fidèles. On y trouve les icônes du Christ, de la Vierge Marie, de Jean-Baptiste, de saint Georges, de saint Michel, etc. On imagine que c’est une séparation ! Non, c’est le trait d’union entre le ciel et la terre… L’eucharistie réalise une action qui se passe au ciel : le pain et le vin deviennent corps et sang du Christ. Une icône représente un ou des personnage(s) qui sont maintenant au ciel.
La querelle des images a été très marquée aux VIIIe et IXe siècles. Tout un courant s’opposait à des représentations humaines du Christ et des saints, particulièrement en Orient, mais cela a aussi touché l’Occident. Aujourd’hui, un iconoclaste est quelqu’un qui casse les valeurs fondamentales de la société. Autrefois, les iconoclastes ont abîmé ou détruit, en les martelant les visages des statues, et détérioré des mosaïques ou des fresques.
Tout part d’un verset de l’Exode : « Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. » Cela a été pris à la lettre par les juifs et les musulmans, puis par certains chrétiens. C’est l’impératrice Théodora qui a mis officiellement fin à cette querelle en 843. L’argumentation théologique est que le Christ et les saints ont vécu sur la terre, donc il n’y a pas de raison de refuser de les représenter. De plus, ce ne sont pas des idoles qu’on adore, mais ils sont offerts à la vénération du peuple pour son édification.
Pourquoi cette évocation des icônes ? Parce qu’en relisant l’Evangile de ce jour, nous découvrons que la première icône, c’est le Christ transfiguré.
Saint Paul dans la lettre aux Colossiens, nous dit que le Christ est déjà « icône ou « Image du Dieu invisible, premier-né de toute créature » (Col 1,15), ce qui fonde toute théologie de l’icône. Les pères de l’Eglise ont abondé dans ce sens : le récit évangélique de la Transfiguration est l’« icône » qui montre la gloire du Fils de Dieu. Dans le Christ, la gloire du Père devient visible dans un visage humain, sans médiation d’images matérielles. On pourrait dire que « Le Christ transfiguré est la première icône, non pas peinte de main d’homme, mais révélée par Dieu lui‑même. »
Qu’est-ce que cela veut nous dire aujourd’hui ?
– D’abord la centralité du Christ pour notre foi. C’est lui qui nous révèle le Père. Les prophéties de l’Ancien Testament nous y préparent.
– Ensuite, l’imminence de la Passion. Nous sommes dans le temps du carême. Le Christ s’est montré dans sa gloire céleste aux disciples pour les préparer à la Passion et la Résurrection. On ne peut d’ailleurs pas dire que l’objectif a été pleinement atteint parce que c’est après la Pentecôte seulement que les disciples ont relu tout ce qu’ils ont vécu avec Jésus pour en comprendre le sens. La souffrance fait partie de la vie, à un moment où à un autre. Nous ne sommes pas égaux devant cette réalité puisque des gens souffrent le martyre, tandis que d’autres sont plus épargnés. Mais si la souffrance nous atteint, nous pouvons trouver dans l’Evangile le chemin pour la comprendre et lui donner sens pour l’ensemble de notre vie. Devant une souffrance insupportable, il m’arrive de dire aux personnes : il n’y a pas de paroles pour l’expliquer, le comprendre ; il y a seulement la contemplation du Christ qui lui, est passé par la souffrance, pour découvrir combien, en lui, Dieu est proche de nous et solidaire.
Le crucifix de Saint-Damien est une icône : l’art byzantin a influencé l’Italie jusqu’au XIIème siècle. Il montre le Christ sur la Croix, mais déjà ressuscité. Je vous invite à le contempler aujourd’hui.
Frère Dominique Joly