Les disciples d’Emmaüs
Le récit des disciples d’Emmaüs, que seul Luc rapporte, est d’une grande importance, car il rejoint nos vies et c’est le seul récit dans lequel le Ressuscité passe plusieurs heures avec les disciples, en partageant leur vie, en les accompagnant sur le chemin, en discutant avec eux et en restant pour le repas. Après la crucifixion, ces deux disciples sont plongés dans la tristesse, la désolation, le désespoir. Leur foi est éteinte, ils n’attendent plus rien de Jésus. Pourtant ils connaissaient les Ecritures. Ils ont vécu à côté de Lui, le Maître, ils ont entendu son message, ils l’ont vu agir en « prophète puissant », ils ont eu connaissance du message pascal délivré par les femmes. Malgré cela, tout est devenu inutile. Tout a perdu sens. Leur foi est morte comme leur ami. Ils leur manquent de reconnaître la présence du Ressuscité dans leur vie.
Certes, les disciples sont tristes et découragés, mais ils ne cessent de penser à Jésus et de converser entre eux de tout ce qui est arrivé. Or, c’est sur ce même chemin que Jésus s’approche, se mêle à la conversation et fait route avec eux. Il les invite à rappeler ce qui s’est passé. Les deux disciples ravivent alors leur souvenir et racontent. Ils parlent à cet inconnu de ce Jésus de Nazareth qui s’est montré un prophète puissant en paroles et en œuvres. Mais les dirigeants religieux l’ont fait crucifier. Ils avaient tellement mis d’espérance en Lui, que maintenant tout s’est anéanti !
C’est alors que Jésus commence à leur expliquer, à la lumière des Ecritures, le sens véritable des événements. A partir de Moïse et des Prophètes il leur interpréta tout ce qui le concernait. Quand ils s’approchaient du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Les deux disciples, passionnés par ce qu’ils avaient entendu, s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous car le soir approche ». C’est alors que tout bascule et que la lumière illuminera toute la route.
A l’auberge, à table Jésus refait les gestes et redit les Paroles du Jeudi- Saint. Avec la même ferveur et la même intensité. Les yeux et les cœurs de deux disciples s’enflamment ! « Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ». A ce moment-là, ils se rendent compte que l’espérance qu’ils avaient placée en Jésus n’était pas exagérée. Mais curieusement c’est au moment de la reconnaissance que le mystérieux voyageur s’éclipse ! Ni son visage, ni sa voix n’avaient permis d’identifier l’étrange compagnon, mais c’est à cette manière si particulière de rompre le pain que les deux disciples vont le reconnaître.
Luc suggère deux expériences privilégiées de la communauté chrétienne : l’écoute personnelle et communautaire de la Parole et l’expérience du repas fraternel de l’Eucharistie. Dans le récit de ce jour, on peut remarquer que le second disciple reste anonyme, ce qui nous laisse la possibilité de nous identifier à lui. De même la localité d’Emmaüs n’a pas été identifiée avec certitude et ceci n’est pas dépourvu de signification, parce que cela nous fait penser qu’Emmaüs représente en réalité chaque lieu, chaque chemin. Sur nos chemins, Jésus ressuscité se fait compagnon de voyage, pour rallumer dans nos cœurs la chaleur de la foi et de l’espérance et rompre le pain de la vie éternelle.
Deux hommes sur une route de banlieue. Deux hommes qui nous ressemblent comme des frères. Deux croyants, qui ont vécu avant nous l’aventure de la foi. Et ce drame des disciples d’Emmaüs apparaît comme un miroir de la situation de beaucoup de chrétiens aujourd’hui. Nous pouvons nous retrouver personnellement dans la même situation, car nous sommes souvent égarés, balbutiants et nostalgiques des heures de lumière. Et pourtant elles sont nombreuses les paroles qui brûlent nos cœurs, ravivent nos désirs et raniment nos élans.
Ouvre encore nos yeux et brûle nos cœurs dans cette Eucharistie
Frère Max de Wasseige