Qu’est-ce que le monde ? Si je vous posais la question directement, vous me donneriez probablement diverses réponses.
Pour le uns, le Monde, c’est le journal qui porte ce nom.
Pour d’autres le monde, c’est d’abord la planète Terre où nous évoluons.
Pour d’autres encore, le monde, c’est les gens. On dit, « il y a beaucoup de monde aujourd’hui ».
Par extension, le monde, c’est notre environnement humain : on entend « Le monde évolue ».
Enfin de façon plus particulière, c’est un domaine de la société : le monde de l’art, des médias, de la médecine, etc.
Nous percevons que Jésus emploie le mot avec des sens divers selon le contexte : c’est la Création ; « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique (Jn 3, 16). Mais souvent le monde désigne l’humanité fermée à Dieu, dominée par les ténèbres l’orgueil, le mensonge et le péché.
Dans l’Evangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous parle du monde. Il emploie trois fois ce mot. Mais c’est dans le sens négatif. « Ce n’est pas pour le monde que je prie ». « Je ne suis plus dans le monde, eux sont dans le monde. ». Le mot grec qui traduit « monde », nous le connaissons bien : c’est « cosmos ». Nous employons aujourd’hui ce terme pour dire : « univers ». A l’époque, les gens avaient une autre conception de l’univers que nous.
Si nous reprenons les paroles de Jésus en ce jour, nous comprenons que nous ne sommes pas dans une situation confortable. Il y a le monde de Dieu : monde de lumière, d’amour. Et il y a le monde dans lequel nous vivons, opposé à celui de Dieu : y règnent l’égoïsme, l’orgueil, la rivalité, le refus de Dieu. L’Evangile de Matthieu dit les choses autrement, mais cela va dans le même sens : « je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ». L’image est parlante.
C’est dans ce monde que nous sommes envoyés, comme le Seigneur lui-même a été envoyé parmi les hommes. Prenons conscience que ce monde est à la fois aimé de Dieu et traversé par le refus de son amour. Comme chrétiens nous ne sommes pas hors du monde, mais nous sommes appelés à être autrement dans le monde. Nous ne sommes pas appelé à sortir du monde, mais à ne pas appartenir à sa logique.
Le Seigneur a quitté ses disciples le jour de l’Ascension. Il sait que la mission qu’il nous confie n’est pas facile. C’est pourquoi il prie pour nous : il nous encourage. « J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données ; ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. »
Le Seigneur a créé le monde. Il l’a voulu bon. Mais les hommes se sont éloignés de lui. Il nous invite à vivre dans le monde tel qu’il est. Il ne s’agit pas pour nous de rejeter ce monde, mais d’être comme le levain dans la pâte pour témoigner de l’amour de Dieu, cet amour que Jésus a manifesté en donnant sa vie pour nous. Le levain est invisible mais transforme toute la pâte. Il ne lutte pas contre la pâte, il la travaille de l’intérieur
Nous sommes pris de vertige devant la tâche qui nous attend : que pouvons-nous faire contre le mal, la guerre et tout ce qui détruit la relation entre les hommes ? Nous nous sentons bien impuissants.
Nous ne sommes pas plus forts ou meilleurs pour résister au « monde », mais nous avons reçu une autre source de vie.
Ce « monde » dont parle l’Évangile n’est pas seulement autour de nous… il est aussi en nous. Reconnaissons tout d’abord que nous-mêmes, chacun d’entre nous, n’a pas rompu avec le monde ; la paix et l’amour ne guide pas toujours notre conduite. dans nos jugements rapide. Renonçons à notre besoin d’avoir raison, à notre indifférence, à nos peurs.
Rappelons-nous que le Christ prie pour nous. Nous ne sommes pas seuls dans cette mission qui nous est confiée. La victoire ne repose pas sur notre force mais sur celle du Christ qui prie aujourd’hui pour nous.
Frère Dominique Joly