JESUS SERAIT-IL RACISTE ?
Après s’être accroché avec les pharisiens sur le pur et l’impur et sur la, tradition ; Jésus marche vers l’ouest ; du lac de Génézareth où il a établi son camp de base (dans la maison de Pierre à Capharnaüm) il marche vers la Méditerranée, vers les territoires païens de Tyr et de Sidon habités par les phéniciens.
Lui-même ne s’aventure pas dans ces territoires, n’a-t-il pas dit à ses disciples qu’ils doivent réserver leur mission au peuple d’Israël ? Et voilà qu’une Cananéenne, les Cananéens, la pire espèce des païens qui occupaient le territoire avant l’arrivée du peuple d’Israël vient crier devant Jésus et le groupe de ses disciples : « Prends pitié de moi Fils de David, ma fille est tourmentée par un démon » Un cri dangereux parce qu’il a une consonance messianique donc politique et un cri aussi profondément humain. Mais le narrateur affirme froidement : « Mais il ne lui répondit pas un mot » et les disciples de surenchérir : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » Autrement dit , elle nous casse les pieds et risque de nous porter préjudice. Nous connaissons bien cette réaction quand quelqu’un nous harcèle ou harcèle l’un des nôtres… Et Jésus semble aller dans leur sens : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » Jésus n’est-il pas dépositaire d’une mission pour le salut de, son peuple ?
Mais cette femme est animée par l’amour de sa fille qui dépasse toute convenance, extérieure, elle ne se laisse pas désarçonner et « se prosterne » devant lui (geste d’adoration chez Matthieu).
« Seigneur, vient à mon secours » cette fois ci c’est le terme de Seigneur qui est employé, celui qui désignera le Christ ressuscité. Et Jésus résiste encore en utilisant une formule de la sagesse populaire : « il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » Formule méprisante puisque le terme de chien était utilisé pour désigner les païens, même si la formule est atténuée par l’emploi du diminutif « petit chien », plus familier…
Et cette femme dans une grande sagesse inspirée de son amour maternel va toucher le cœur de Jésus « Oui Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître » Jésus va être touché par la sagesse et l’humilité de cette femme et il va « craquer » dans le meilleur de son humanité et de sa divinité, il va s’émerveiller de l’authenticité de la prière de cette païenne comme il s’est émerveillé de la foi du centurion romain : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu veux. »
Jésus au-delà des principes de pureté et d’impureté, de séparation entre les bons croyants et les païens se laisse toucher, transformer par cet appel qui vient du cœur profond de cette femme et dépassant les interdits religieux laisse déborder son amour humain et divin. Même Jésus dans son humanité a dû s’ouvrir aux différences qui révèlent la complexité du cœur de l’homme et de la femme.
On verra par la suite que Paul quoique pharisien pur et dur, au-delà de son héritage religieux et culturel ouvrira la porte aux païens pour qu’ils puissent participer au salut apporté par Jésus et que Pierre et l’Église de Jérusalem se rallieront à sa cause, puisque les païens ont eux aussi reçu l’Esprit saint.
L’Esprit saint, l’Esprit du Père et l’Esprit de Jésus, n’est-il pas plus grand que les frontières et les limites humaines.
Nous sommes tous un peu ou beaucoup racistes, nous avons toujours du mal à accepter les différences, l’important est de demander la grâce de l’ouverture, d’apprendre peu à peu à écouter chacun au cœur de son humanité où Dieu est mystérieusement et amoureusement présent.
Frère José Kohler.