VENIR A LA LUMIERE
Ce dimanche est le dimanche de Laetare: Réjouissons-nous. Réjouissons-nous parce que déjà perce la joie Pascale, la joie de la résurrection. L’épisode dans l’évangile de Jean a pour cadre la Fête des tentes qui célèbre l’eau vive et la lumière. La guérison de l’aveugle-né dans l’évangile tend à cette alternative : celui qui reconnaît qu’il doit sa vue, sa foi, par la pure grâce au Christ vient par la pure grâce du Seigneur, à la lumière; par contre, qui pense être voyant et bon croyant par lui-même, celui-là reste aveugle, dans ses ténèbres.
L’aveugle de naissance que Jésus voit en sortant du Temple ne lui demande pas de le rendre voyant et Jésus ne lui demande pas non plus s’il veut devenir voyant : il est résigné, il n’a plus d’espoir ! Il est là enfermé dans une double nuit : celle de sa cécité et celle, plus sombre encore, de la réputation que la société et même les disciples de Jésus lui font « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents pour qu’il soit né aveugle ».
Même aujourd’hui on peut encore entendre: « qu’est que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ? » Le plus dur pour cet homme, ce n’est pas de ne pas voir, c’est de sentir peser sur lui ce regard méprisant des autres. Mais Jésus, avant même de guérir l‘aveugle, s’empresse de corriger ce jugement : « Ni lui ni ses parents n’ont péché. » La maladie, l’infirmité ne sont pas la punition du péché. Jésus n’explique pas le mal, mais il appelle à faire sortir d’un mal, du bien. Ainsi pour cet aveugle tout entier ténèbres, le voici appelé à devenir le témoin privilégié de la venue de la Lumière dans son corps et dans sa foi. Jésus dit que seront manifestées en lui les Ouvres de Dieu c’est-à-dire, la vie qui est lumière.
Rien ne prédisposait cet aveugle à jouer un tel rôle. Mais au fil des gestes et des paroles de Jésus, il va se transformer en un parfait croyant. D’abord en innocentant cet aveugle, Jésus ôte le caractère honteux de son mal : il lui rend sa dignité et déjà il fait jaillir au cœur de cet homme une clarté d’aurore. Jésus veux montrer avec éclat combien cet homme jouit de la faveur de Dieu : « Il faut que l’action de Dieu soit manifesté en lui » Mais dans cet évènement, il s’agit bien plus qu’une guérison. C’est le drame de l’histoire humaine qui est évoquée ici : celui de l’accueil ou du refus de la Lumière qui est Jésus. Jésus dit en quelque sorte : « Je suis venu pour que s’identifient ceux qui accueillent en moi la Lumière et ceux qui s’aveuglent en n’acceptant rien d’autres que leurs propres petites lumières, comme les pharisiens.
De cet homme tout entier ténèbres, Jésus veux faire le témoin de la venue de la Lumière divine en ce monde. Et pour cela Jésus va accomplir une curieuse thérapie : Il crache sur la terre et fait de la boue avec sa salive. Puis il couvre de cette boue les yeux de l’aveugle. Pourquoi cette boue sur ces yeux qui ne voient pas ? Et bien en se penchant vers la terre pour y faire de la boue, Jésus refait le geste du grand Commencement, le geste du Créateur dans la Genèse « Alors Dieu modela l’homme avec la Glaise du sol » (Gn 2,7) Jésus reprend en main la re-création de cet aveugle à partir du limon originel: il refait l’homme en l’ouvrant à la lumière divine. Mais en même temps, par ce geste Jésus associe aussi toute la Création à la naissance de l’homme à la lumière divine. C’est tout le vivant qui crie vers la lumière. Nos racines charnelles ont soif de lumière : elles veulent vivre en plénitude. Et ça va être tout le cheminement de l’aveugle né. Jésus envoie maintenant l’homme se laver à la piscine de Siloé ! Après la terre, c’est l’eau d’où jaillit la vie et donc la lumière.
L’acte de Jésus de toucher les yeux de l’aveugle et l’invitation à aller se laver sont des signes du sacrement du Baptême, le sacrement de l’illumination ? Le don du baptême, annoncé et préfiguré ici veut donner à tous ceux qui l‘ont reçu ou le recevront à Pâques une illumination intérieure qui se traduit par un regard extérieur renouvelé sur Dieu, les hommes et le monde. Une lumière comme le dit St Paul qui a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité. Quand l’homme revint de se laver, ses yeux et son cœur étaient plein de lumière. L’ex-aveugle qui peut voir maintenant va reconnaître dans le geste très humain de Jésus un geste divin. Mais Jésus n’est plus là.
Alors seul avec sa vérité et sans encore l’avoir vu il va répondre à la question que se posent son entourage sur l’homme qui l’a guéri : pour ses voisins, il balbutie que c’est « l’homme qu’on appelle Jésus » ; confronté aux Pharisiens il s’enhardit et reconnaît en Jésus un prophète ? Mais cela lui vaudra d’être expulsé du Temple. Son catéchuménat s’achève. Il est mûr maintenant pour rencontrer Jésus, reconnaître en Jésus le Fils de l’Homme et se prosterner en disant : «Je crois en toi Seigneur ». Nous avons tous suivi, d’une façon ou d’une autre, le chemin de l’aveugle-né. Jadis nous étions ténèbres mais à présent nous sommes lumière dans le Seigneur. Alors prions le Seigneur de nous donner la force de nous conduire en enfants de lumière. Pour nous, pour les autres.
Gérard Barthe, diacre