La première lecture qui nous vient du livre de ce sage de l’Ancien Testament que l’on appelle Ben Sira nous dit : « La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. »
C’est étrange combien ces paroles résonnent de façon très actuelle en nous : actuellement, le Parlement est en train d’élaborer un texte sur la fin de vie. Certains aimeraient que l’on officialise la possibilité du suicide assisté. D’autres s’y opposent.
L’homme a-t-il le choix entre vivre ou mourir comme le dit le texte ?
J’ai entendu l’histoire de ces gens qui ont appris par hasard que leur père était allé en Suisse pour mourir de façon assistée… Il était atteint d’un cancer qui, de toute façon, allait se terminer par sa mort. Il préférait mettre fin à ses jours pour éviter les souffrances de la maladie au stade final. Mais il n’avait prévenu personne dans sa famille. J’ai été atterré par cette histoire : que cet homme souhaite mourir, dans sa situation, cela peut encore se comprendre… Mais seul, pas entouré des siens : de ses enfants, de ses petits-enfants. Cela m’a paru révoltant. Jusqu’à quelle inhumanité l’homme d’aujourd’hui est-il capable d’aller ?
Ceux qui soutiennent que la vie est sacrée et que l’on n’a pas le droit de se donner la mort s’appuient naturellement sur leur foi. Notre vie ne nous appartient pas. Elle nous est donnée par Dieu. Toute vie doit être respectée, même dans les cas et les situations difficiles. Le jour et l’heure de la mort de chacun appartient à Dieu.
En fin de compte, la 1ère lecture de ce jour et l’Evangile tentent de répondre à la question du mal. Les deux passages insistent pour dire que l’homme est libre de choisir entre le bien et le mal. Il indique un chemin : celui qui choisit le bien est invité à respecter la loi.
Jésus était pharisien. Pas étonnant qu’il nous dise que rien de la loi ne sera aboli. Pas un iota, ni un accent sur une lettre. Pour les pharisiens, en effet, celui qui applique parfaitement la loi répond parfaitement à la volonté de Dieu. Mais Jésus semble en cela se contredire lui-même lorsqu’il annonce : « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : eh bien ! moi, je vous dis… ». Comment comprendre cette apparente contradiction ? Simplement en se souvenant qu’appliquer la loi sans cœur ne sert à rien. L’important est l’amour que l’on manifeste à l’égard des autres : « Le fils de l’homme est maître du sabbat », dit-il quelque part. Ou bien, « le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » Or le sabbat était l’un des points les plus forts de la loi. Pourtant, Jésus se montre très libre à ce sujet.
Il faut croire que certains scribes et certains pharisiens appliquaient la loi dans toute sa rigueur mais oubliaient l’amour. C’est d’ailleurs ce que nous rappelle la parabole du bon Samaritain. Jésus demande donc aux disciples de surpasser les scribes et les pharisiens dans leur application de la loi. Choisir le bien, c’est aussi choisir la vie et, en choisissant la vie, le bonheur, nous laisse-t-il entendre. Le bonheur ne dépend pas du confort qui nous entoure, de la réserve d’argent dont nous disposons, du bien-être et de l’absence de souffrance. Il dépend de la présence qui nous habite : celle du Seigneur, bien sûr, mais aussi celle de ceux qui nous entourent.
Je ne prendrai qu’un seul exemple : « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis… »
Ainsi, nous apprenons que la façon d’être à l’égard des autres, la colère, par exemple, ou une parole violente, comme une insulte, peut tuer aussi sûrement qu’un coup de feu ou de couteau. Le Seigneur nous invite à la bienveillance et au pardon : « Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. »
Cette dernière recommandation ne peut pas nous laisser indifférent aujourd’hui puisque, justement, nous allons présenter notre offrande au Seigneur : un peu de pain et de vin, une pièce ou un billet dans le panier de la quête. Alors, réfléchissons bien : « Est-ce qu’un de mes frères ou de mes sœurs a quelque chose contre moi ? ». C’est-à-dire : « Ai-je fait un mal à quelqu’un au point de l’avoir blessé, d’avoir brisé quelque chose en lui ? ». Si oui, je peux réparer en allant lui parler, lui demander pardon. Mais pour cela, il faut de l’humilité : mettre notre orgueil dans notre poche avec un mouchoir par-dessus pour être vrai, juste.
Frère Dominique Joly