Lorsque nous lisons ou entendons un texte biblique, même si nous le connaissons bien, il y a quelquefois quelque chose qui nous frappe alors que nous n’y avions jamais prêté attention. Lorsque j’ai lu le texte de l’Evangile d’aujourd’hui, je me suis arrêté sur cette parole : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. »
Jésus envoie les disciples pour annoncer le règne de Dieu. Mais il semble limiter cette annonce au peuple d’Israël. C’est surprenant, car nous avons l’habitude de penser que Jésus est venu parmi les hommes pour sauver toute l’humanité. Que pensez de cela ?
Nous avons aussi entendu la première lecture. Dieu a choisi un peuple, le plus petit de tous, pour faire alliance avec lui. Après la libération de l’esclavage d’Egypte, il va conclure une alliance entre lui et son peuple. « Maintenant donc, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples. » Dans ce passage, l’image de l’aigle est très parlante : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi. » Les gens du désert connaissaient bien la nature. Ils avaient remarqué que les aigles portaient leurs petits sur leurs ailes. Ceux-ci apprenaient à voler, ils se lançaient, mais ne tenaient pas bien longtemps. Lorsqu’ils étaient fatigués, ils retournaient se poser sur les ailes de leurs parents, jusqu’à ce qu’ils parviennent à voler « de leurs propres ailes », comme on dit. Et c’est là que nous découvrons la pédagogie du Seigneur. Il respecte ce que les hommes sont, là où ils en sont, et il les accompagne jusqu’à ce qu’ils arrivent à voler de leurs propres ailes. Il s’est ainsi révélé à son peuple, mais il n’oublie pas pour autant les autres : « vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples, car toute la terre m’appartient. » Il ne brûle pas les étapes : il se révèle, il accompagne, il forme son peuple, il en fait « un peuple de prêtres, une nation sainte » afin qu’ils puissent à leur tour annoncer Dieu à tous les autres peuples.
Jésus commence son ministère en s’adressant au peuple d’Israël car, comme il le dit, il y a parmi eux des « brebis perdues ». Nous constatons en lisant l’Evangile, qu’il découvre peu à peu, au gré des événements, que le salut ne s’arrête pas aux frontières d’Israël, mais concerne toutes les nations.
Comme dans l’ancien temps, il ne brûle pas les étapes : la Bonne Nouvelle sera annoncée dans un deuxième temps aux autres nations. Paul fera tomber le mur qui sépare les juifs des païens.
Quel est l’enseignement de Jésus à ce moment-là ? L’Evangile nous le dit : « le Royaume des cieux est tout proche ». Il est même, comme il le dit dans un autre passage, « déjà au milieu de vous. ». Dieu veut d’abord régner sur les cœurs. C’est pourquoi d’abord Jean-Baptiste, puis Jésus, comme l’ont fait les prophètes avant eux, appellent à la conversion. Dieu ne peut régner dans nos cœurs que si nos vies changent pour devenir de plus en plus chaque jour comme sa propre vie. Mais il nous laisse libres.
La prédication du Royaume s’accompagne de signes : lorsque Jésus envoie les disciples, il leur donne le pouvoir de « guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux, expulser les démons. » Le Royaume n’a pas de sens s’il ne s’accompagne pas de réalisations concrètes. Le Seigneur veut faire du bien à chacun, là où il a mal ; il veut le libérer intérieurement.
Jésus nous convie à une réciprocité avec lui : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». Celui qui donne ne peut donner que ce qu’il a reçu, et plus il donne, moins il s’appauvrit car il reçoit toujours plus.
Le Seigneur nous appelle nous aussi à cette réciprocité aujourd’hui. D’abord, il nous demande de prier le Père d’envoyer des ouvriers à la moisson car la main d’œuvre ne suffit pas. Donc, d’abord la prière : notre première mission est d’être unis au Christ. Mais ensuite, il nous appelle à être nous aussi des disciples. Avons-nous le pouvoir de guérir les malades, d’expulser les démons ? Peut-être pas, mais nous avons tous le pouvoir du service, de l’écoute, de l’accueil du plus pauvre ou de celui qui est rejeté. Il nous apprend à voler de nos propres ailes pour répondre avec audace à la mission que l’Esprit Saint nous confie.
Frère Dominique Joly