Es-tu celui qui doit venir ?
Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Elle est d’une force terrible, cette question, posée par celui qui fut « bien plus qu’un prophète », celui que Jésus a tenu « pour le plus grand des enfants des hommes » Jean Baptiste se prend à douter. Le plus grand parmi les hommes est passé par la nuit de la foi : il est au bord de la chute à cause de la manière dont Jésus se présente messie!
C’est que Jean n’a jamais cessé d’annoncer la venue d’un messie dont la force serait le trait caractéristique .Cette force, Jean la compare à celle du paysan mentionné dimanche dernier par Jésus, qui saisit sa hache pour abattre l’arbre stérile et le jeter ensuite au feu qui ne finit pas. Jean avait sur les bords du Jourdain annoncé un Dieu juge au gens du peuple, aux soldats, aux fonctionnaires, aux colons romains, leur demandant de façon pressente: « Repentez-vous, car le règne de Dieu est proche ! » et disant aux pharisiens qui venaient se faire baptiser par Lui: « Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » Mais maintenant le voilà en prison. Il était envoyé pour préparer le chemin et il s’est acquitté de sa mission en s’y livrant totalement jusqu’à risquer sa vie. D’où l’éloge que Jésus lui fait. C’est là dans cette prison qu’on lui rapporte les faits et gestes de Jésus et sa prédication d’un style nouveau. Loin de condamner les pécheurs aux supplices éternels, Jésus partage la table des pécheurs, va de village en village, ouvrant les bras à toutes les détresses: il guérit les malades, les lépreux, les aveugles, les muets; il appelle à sa suite Matthieu, le publicain, pécheur public! Il ressuscite les morts et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Et loin d’être le juge redoutable qu’il annonçait Jésus se présente comme le Serviteur discret qui ne brise pas le roseau froissé et n’éteint pas la mèche qui fume encore.
Mais pour Jean le contraste est si violent entre ce qu’il attendait et ce qu’on lui rapporte, qu’il suscite chez lui plus que de l’étonnement : une épreuve pour sa foi ! Cette épreuve qui résulte de la rencontre de la miséricorde divine là où il attendait une manifestation de justice. Et lui vient l’idée lancinante qu’il a peut-être travaillé pour rien ?Jean, le prophète de la conversion va devoir lui aussi se convertir ! Comme lui il nous arrive d’être dans le désarroi, ne sachant plus que penser n’y même espérer. A dire vrai Jean est porteur des questions que nous pouvons soudain nous poser, guettés par le doute. Comme les disciples d’Emmaüs : « Nous espérions que le Christ allait délivrer notre monde de toute injustice, violence, guerre, maladies ! Mais avec tout cela, voilà deux mille ans que ces choses existent encore dans notre monde ! » Ce Jésus dont nous avons fait connaissance par les évangiles, par la tradition et le catéchisme, ce Jésus que nous rencontrons dans les célébrations eucharistiques et la prière, ne l’avons-nous pas façonné à notre taille, à la mesure de nos sentiments et de nos désirs, à l’image de nos modèles sociaux, en un mot à l’image de « notre petit moi » ? N’avons-nous pas mis Jésus dans une prison derrière les murs de nos doctrines, de nos préceptes, de nos rites ? Et cela peut déborder dans notre vie de tous les jours : « Est ce que je ne me suis pas trompé dans mes choix ? Est-ce que je n’ai pas raté l’éducation de mes enfants ? Est-ce que je ne suis pas passé à côté de ma vie ? Nous aurons toujours à accueillir un Jésus autre que ce que nous avons souhaité rencontrer, jamais le même, toujours nouveau, sans cesse à redécouvrir ? Il nous faut toujours rester le cœur ouvert à l’inattendu. Surtout, Il nous faut croire que le Christ est l’avenir absolu du monde, même si son message ne nous met pas dans le monde en position de force.
Jean doute, mais il vit ce doute d’une manière positive, en restant ouvert à celui qui seul peut lui apporter une réponse: Il demande à Jésus, par l’intermédiaire de ses disciples : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » La réponse de Jésus est déroutante: « Allez dire à Jean ce que vous voyez et entendez » Et Jésus renvoie Jean au prophète Isaïe: « les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres »
Pour répondre à la question qui taraude Jean, Jésus juge qu’avec ce qu’il lui montre, il n’a pas besoin d’en savoir plus. Le véritable signe que le Messie est parmi nous, que son règne est là, ce sont les gestes d’amour de Jésus qu’il a envers les défavorisés et les souffrants. Et c’est là que la joie de la foi peut jaillir. Il ne faut pas dénigrer notre joie humaine mais il ne faut pas oublier aussi que l’homme, la femme sont nés d’un débordement de la joie divine et qu’il nous faut retrouver la source de cette joie qui est le visage de Dieu en nous. Cette Joie, qui n’est pas la joie due à la bonne santé ou à un heureux tempérament, c’est celle qui coexiste avec les tourments de la condition humaine, c’est celle qui est reçue d’un Dieu crucifié. On peut pleurer et rire à la fois, souffrir incroyablement et vivre de « la joie que rien ne peut nous enlever » (Jn 16,22) ‘
Si nous désespérons de ne pas connaître cette Joie, écoutons St Jacques: « Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits de la terre avec patience ». Or toute la bible nous dit que Dieu est le semeur. Il ne nous donne pas tous les fruits déjà mûrs mais il sème les germes de la paix, de la justice et de la joie. Et ce qu’il nous demande c’est ensuite de nous occuper de ces germes jusqu’à la maturité des fruits. C’est à nous de faire marcher les boiteux de la vie, d’éclairer les aveugles, de donner la parole aux sans voix et de servir les pauvres. Il nous donne pour cela ce qui peut aussi être notre joie : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des jours » Le Messie est venu en Jésus, et il vient encore. Il s’approche un peu plus dès lors qu’un homme, une femme posent des actes d’amour
Soyons en sûr il dira :
« C’est bien, bon et fidèle serviteur : tu t’es bien occupé de mes semences, entre dans la Joie de ton Seigneur ».
Et bien entrons aujourd’hui dans la joie de Noël
Gérard Barthe diacre