Homélie du dimanche 13 septembre 2026, 24ème dimanche du temps ordinaire — Année A, du frère Max de Wasseige

Ce dimanche Matthieu nous parle encore du pardon. Mais ici c’est Pierre, qui au nom des disciples, pose la question « Combien de fois dois-je pardonner ? Jusqu’à 7 fois ? » La question posée est juridique. Il serait tellement plus simple d’avoir une norme à appliquer pour régler les problèmes de relation entre frères ! Il faut savoir que les rabbins mettaient à 4 la limite du pardon. Pierre va beaucoup plus loin. Mais il reste dans la même logique juridique.

Jésus répond par un chiffre symbolique et par une parabole. Dans la Bible le chiffre 7 signifiait la plénitude et la totalité. On comprend que pardonner soixante dix-sept fois sept fois c’est pardonner sans limites et indéfiniment. Jésus casse donc la logique du combien de fois et va donner un sens nouveau à la manière de pardonner à travers la parabole du débiteur impitoyable. Dans cette Parabole, le Christ nous invite à contempler l’inépuisable miséricorde du Père envers nous.

Aujourd’hui, je ne vais pas commencer par faire un commentaire de la Parabole mais donner quelques points qui peuvent aider à entrer dans la grâce du pardon. D’abord pardonner ce n’est pas oublier. On peut pardonner et continuer à souffrir dans son cœur. Il est important de reconnaître sa blessure et de la partager avec quelqu’un. Le partage peut aider à prendre de la distance par rapport au bouleversement de la souffrance dans notre cœur.

Quand quelqu’un, nous a blessés il est normal de passer par la colère et parfois l’envie de se venger. Il ne faut pas évacuer trop vite ces sentiments négatifs. Il faut commencer par se dire : « oui je suis en colère » et après seulement peut venir le travail du passage de la colère au pardon.

Il faut parfois du temps à pardonner. Je pense à tous ceux et celles qui ont vécu des souffrances terribles, ils ne peuvent s’acharner à vouloir pardonner. Le pardon prendra parfois des années et même ne pourra se donner avec des seules forces humaines.

Enfin et c’est le plus important : s’ouvrir à la grâce du pardon. Et ceci n’est pas facile car on peut confesser en théorie un Dieu d’amour et de miséricorde et, en fait, rester dans l’imaginaire religieux de son enfance, celui d’un Dieu punisseur et justicier. J’en ai fait l’expérience avec ma mère qui, à la fin de sa vie, était paniquée de retrouver ce Dieu vengeur de son petit catéchisme. Or on ne réussira jamais à pardonner vraiment si on n’est pas d’abord entré en relation avec le vrai Dieu tendre et miséricordieux.

Mais revenons à la Parabole qui aide à dépasser la logique juridique « du combien de fois dois-je pardonner ? » C’est l’histoire d’un maître qui « saisi de pitié » prend l’initiative de remettre une très forte dette à l’un des ses débiteurs. Mais voici que celui-ci n’use pas de la même clémence à l’égard d’un pauvre qui lui doit une petite somme. Nous connaissons la suite de l’histoire : le maître, apprenant la dureté et la sévérité du débiteur insolvable, le fait mettre en prison jusqu’à ce qu’il ait payé toute sa dette.

Dans la Parabole le maître est saisi de pitié qui signifie « remué jusqu’aux entrailles ». Ce n’est pas de la pitié condescendante mais un pardon donné avec des entrailles de miséricorde. Seul Dieu peut pardonner comme cela ! Et c’est dans ces entrailles là que nous devons rentrer pour pardonner à notre tour. Contemplons la miséricorde du Seigneur pour que des chemins de pardon s’ouvrent en nous !

Frère Max de Wasseige

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