Le Baptême de Jésus
La rencontre de ces 2 hommes m’a toujours fasciné : l’ascète et le Saint. Celui qui vient du désert et Celui qui va y aller pour y être tenté. Celui qui est la voix qui crie dans le désert et le « Verbe-Parole » qui va crier dans un autre désert jusqu’à son dernier cri sur la Croix! Ces deux hommes vont se rencontrer au bord du Jourdain, lieu du passage, de la conversion, et de la purification. Mais quelle ne fut pas la stupeur de Jean de voir, dans la file des pécheurs, Celui qui devait baptiser dans l’Esprit Saint et le feu.
Celui qui n’avait pas besoin d’être purifié attendait son tour comme un vulgaire pécheur. Jean va protester : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé et toi, tu viens à moi! » Comme Pierre, au lavement des pieds : « Toi, Seigneur, me laver les pieds !… » Et à tous deux, il y a un « laisse faire », un « tu comprendras plus tard »…
Quel est le sens de cette démarche insolite, de ce retournement ? Comment Jésus a t-il pu accepter de demander d’être confondu avec les pécheurs, d’être purifié de fautes qu’IL n’avait pas commises ? Je ne sais si je pourrai répondre totalement mais il me reste une double image qui devrait m’enlever toute tentation de me prendre au sérieux, de mettre la main sur un autre.
Un homme debout, dans la file des pécheurs, baissant la tête, (comme plus tard avec la femme adultère), attendant son tour avant d’être plongé, nu, dans le Jourdain. Quelques mois plus tard, il sera courbé aux pieds des disciples, leur purifiant amoureusement les pieds.
Quel est le sens d’un geste aussi déroutant ? Certains ont dit que c’est par humilité mais l’humilité n’a rien à voir avec cette démarche surprenante. Jésus dira à Jean Baptiste : « Il convient d’accomplir toute justice ». En prenant son tour dans la file des pécheurs, Jésus ne vient pas solliciter son Pardon mais… Il vient mêler la Divinité à la fragile humanité.
La justice de Dieu, vue souvent sous l’angle de la colère, s’appelle désormais Miséricorde ! Par ce geste, où Jésus se met dans la foule des pécheurs, c’est un peu Dieu qui se penche sur la misère de l’homme, qui met son cœur sur la misère. Par ce geste, Jésus est allé chercher les pécheurs là où ils étaient, dans leurs attroupements suspects, dans leurs manifestations mal vues des autorités.
Il ne s’est pas agrégé aux « justes » de l’époque: les pharisiens, les « séparés ». Il n’a pas attendu que viennent à lui « ceux qui étaient perdus ». Il est allé les rejoindre; il s’est mis dans leur rang; il s’est laissé traiter comme l’un d’eux. C’est ainsi qu’Il pouvait exprimer le mieux la Miséricorde du Père. Devant cette foule pitoyable, la pitié divine s’est exprimée et les cieux se sont ouverts. C’est l’attente qui est réalisée : «Ah, si tu déchirais les cieux » (Isaïe)
Poétiquement, on dirait que le Père écarte amoureusement les cieux pour voir le Fils de la tendresse dans la foule des pécheurs. Mais, c’est l’Esprit Saint qui viendra comme une colombe. Dans la symbolique judéo-chrétienne, la colombe est fondamentalement un symbole de pureté et de simplicité. C’est elle qui apporte le rameau d’olivier à l’arche de Noé. C’est le symbole de paix, d’harmonie. N’y a t-il pas harmonie entre Terre et Ciel, entre Jean Baptiste et Jésus, entre Jésus et son Père « Celui ci est mon Fils bien aimé en qui j’ai mis mon bon plaisir »
Les Chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres; ils sont aussi dans la foule des pécheurs mais ils ont quelque chose de meilleur à partager : « l’inouï de cet Homme ». Oh, je voudrais, comme lui, être plongé dans le Jourdain et en ressortir ruisselant de fraîcheur, d’innocence et de joie. Alors, étonné, j’entendrais peut-être, cette voix frôler mon oreille telle une colombe, me dire :
«Tu es mon enfant bien aimé, en qui j’ai mis tout mon plaisir. »
Frère Max de Wasseige