« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts… » ( 1 P 1, 3-9)
Christ est ressuscité, mais il nous faut du temps pour nous « convertir » à la Résurrection ou plutôt au Christ ressuscité ; Conversion essentielle, toujours à accueillir : le Christ n’appartient pas au passé, il est vivant aujourd’hui, il fait de nous des vivants, il nous appelle à la vie.
Le soir du « premier jour de la semaine », le dimanche soir : les disciples ont peur, ils ont verrouillé les portes, ils ont peur de ceux qui ont mis à mort Jésus. « Jésus vint et il était là au milieu d’eux… » Jésus avait dit : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux… » Ils ont beau être verrouillés dans leur peur, ils sont réunis au nom de Jésus et jésus les rejoint. Il leur dit « la paix soit avec vous » « Shalom », je vous donne la paix, je vous donne ma paix » : c’est la paix messianique, la paix de Dieu, la présence de Dieu au milieu de son peuple. Et cette paix elle est pour tous, on ne peut la garder pour soi « Comme le père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. » Cessez de vous laisser enfermer par la peur, Dieu vous envoie, comme il m’a envoyé, continuez ma mission.
« Il leur montra ses mains et son côté… » Cessez d’avoir peur, c’est bien moi le crucifié, regardez la réalité en face : celui dont a percé les mains et le côté, celui qui a été mis à mort par le péché des hommes, celui qui a donné son sang, sa vie pour la vie du monde… La paix du monde jaillit de cet amour blessé, de cette vie donnée.
« Il répandit sur eux son souffle : recevez l’Esprit saint ». Cette vie qui est la mienne, cette vie que j’ai remis au Père sur la croix dans un dernier souffle, je vous la donne, comme Dieu l’insuffla en l’homme au récit de la création. Cette vie d’amour confiant jusqu’à la mort, je vous la donne, je vous donne mon Esprit, désormais mon Esprit vit en vous et vous vivez de mon Esprit, celui du Fils bien aimé du Père.
Et bien cette paix que je vous donne, cet Esprit qui est le mien et que je vous donne, ne les gardez pas pour vous, partagez-les : « Je vous envoie…Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils leurs seront remis… » J’ ai été délivré de la mort par l’amour de mon Père, cet amour je vous le donne, partagez-le, déliez tous ceux qui vous le demanderont des liens du péché et de la mort, déliez-les de tout ce qui les enferme sur eux-mêmes, de tout ce qui les empêche d’entrer en relation avec leur Père du ciel, de tout ce qui les empêche d’entrer en relation avec leurs frères. L’amour est plus fort que ce qui casse les liens, que ce qui abîme et casse la vie. Déliez, pardonnez, partagez l’amour, soyez sacrements de la réconciliation entre Dieu et les hommes, soyez témoins du cœur miséricordieux de Dieu. Ce cœur qui a été blessé, transpercé par le mal de l’homme, il est capable de nous rencontrer dans nos blessures, de les vivre avec nous, de les guérir par son amour. (Je pensais aux mamans qui déposent un baiser ou soufflent sur la blessure de l’enfant : « Va ce n’est rien, relève-toi, va vite jouer avec ton petit frère !»). Ce cœur se fait proche de nos misères, qui nous enferment dans la souffrance ou dans la honte, il nous espère et croit en nous jusque dans nos misères, il nous fait miséricorde.
Alors frères et sœurs remercions Thomas notre jumeau qui avec ses questions et ses doutes nous a valu cette manifestation du Christ blessé : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets la dans mon côté, cesse d’être incrédule, sois croyant.» Cet homme blessé, cet homme torturé, cet homme pendu au bois de la croix, faible, impuissant, c’est moi, le Vivant, le Ressuscité ; cesse d’avoir peur, cesse de te voiler la face, ouvre-toi à la confiance, ouvre-toi au miracle de l’amour. « Mon Seigneur et mon Dieu », dans cette personne blessée apparemment anéantie par le refus de l’homme, Thomas reconnait son Seigneur et son Dieu : le plus belle, la plus grande profession de foi de l’Evangile.
Oui heureux si nous croyons sans avoir vu, si nous nous laissons toucher par l’amour du Seigneur, si nous nous laissons guérir par sa miséricorde. Heureux si à notre tour nous vivons de cet amour, de cette miséricorde, si nous mettons notre joie à réconcilier, à pacifier, à pardonner, à guérir les blessures ; si malgré notre vulnérabilité nous laissons agir en nous la miséricorde du Seigneur. Nous avons un grand trésor à partager, il est tellement basique que nous l’oublions souvent : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » c’est cela accueillir la vie, vivre déjà comme des ressuscités : être des témoins de la miséricorde du Seigneur.
Arrêtons de bouder l’Eglise, la foi, la vie, laissons-nous délier de nos peurs, acceptons de nous ouvrir au projet de Dieu sur nous, d’accueillir le mystère de l’amour fou de Dieu pour notre vie, pour la vie de tous les êtres humains qu’il crée et renouvelle éternellement dans son amour.
Frère José Kohler